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vendredi 25 octobre 2019

De l'air !



Toute ma vie, j’avais rêvé de voir le bas d’en haut. Chichement installé dans cette pseudo-carlingue, faite de tubes, avec pour seule protection, un casque au bol et une ceinture, je me demandais s’il n’était pas trop tard pour renoncer ? 
Le décollage était imminent, le moteur vrombissait de tous ses chevaux, la piste et le ciel était dégagé. Le pilote mit les gaz et le petit appareil s’ébranla parmi les trous et les bosses du pré à vache qui servait de piste. Tout au bout, la haie d’aubépine et de buissons, assortie de fil de fer barbelé, nous tendait les bras, dangereusement… 
Tels les faucheurs de marguerites, l’ultra-léger quitta le sol. Nos pieds auraient pu toucher les cimes des arbres. Ouf ! Les trépidations dans le creux des reins avaient cessé et l’appareil s’élevait. Le relief si tourmenté de mon pays n’était plus ; de si haut, tout est diffèrent. Ainsi suspendu dans les airs, tel une plume au vent, notre frêle embarcation était à la merci des courants, qui donnaient l’impression de ne pas avancer ; manquerait plus qu’il n’y ait pas assez d’essence… ! 
Le pilote chercha une meilleure trajectoire et je pris conscience de la fragilité de notre équipage, qu’une simple rafale, force cinq, pourrait balayer comme fétu de paille. La fusée de déclenchement d’un parachute de sécurité ne me rassurait pas outre mesure… Le virage négocié avec dextérité, me vit survoler mon village...



Mon village


Des repères concrets s’affichaient dans mon GPS interne, l’école, le cimetière, le moulin et la piste d’atterrissage. Le retour s’amorçait, aubépines, ronces et barbelés formaient une haie d’honneur, qui s’approchait vertigineusement. L’engin plongea et se posa comme un oiseau sur une branche. Les cahotements de la piste confirmèrent la réussite de la manœuvre. Lentement, les jambes flageolantes, je m’extirpais de l’oiseau de jour, je remerciai le pilote et me jurai silencieusement que je n’y remonterai plus jamais.
Les sensations fortes, c’est géniale, mais c’est fort !

Quelques années plus tard, je récidivais, en avions, cette fois. Pour un deuxième vol de jour, au-dessus d’un nid de coucou.



samedi 12 octobre 2019

Impression


Je ne la connaissais pas et pourtant, lorsque je la vis pour la première fois, cette fille me fit de la peine. Quelque chose que je ne saurais dire me troubla. Elle dut percevoir mon trouble, puisqu’elle apporta une réponse à ma question silencieuse… Son mari, débordé de travail, n’avait pas le temps de l’accompagner … ! 
Moi aussi, j’avais mille et une choses à faire ! Cependant, une d’importance s’était produite ; mon fils venait de naître. Nous partagions donc la même chambre de cette maternité. 
Le soir venu, j’avais mal pour elle. Les gémissements que les contractions lui infligeaient n’étaient visiblement pas de plaisir. Je me sentais mal à l’aise, comme un intrus dans son intimité. Je m’éclipsai discrètement, sur la pointe des pieds, non sans me féliciter de n’être pas une femme ; les estirgouillements* utérins, ne me tentaient pas du tout… 
Lorsque je refranchis le seuil de la chambre, mon premier coup d’œil fut pour elle ; elle dormait profondément. J’appris qu’elle venait juste de réintégrer son lit, épuisée par une nuit blanche. Entre temps, elle avait donné la vie à un petit garçon. 
Une poignée de minutes plus tard, je fis la connaissance de l’heureux papa, qui me parut immédiatement antipathique. Très souvent, mes premières impressions sont les bonnes et heureux comme j’étais, j’aurais aimé me tromper… Les infirmières débarquèrent et en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, nous nous retrouvâmes dans le couloir, accoudés sur le mur d’allège, le regard perdu au loin. Lorsqu’il me proposa une cigarette, je lui fis part que nous étions dans une maternité et que tous ces bébés auraient tout le temps de s’empoisonner… Ma réplique était sans appel et il rangea son herbe à Nicot. Il enchaîna, « J’espère qu’elle va vite se remettre, on a beaucoup de travail en retard, à l’agence », et de m’étaler illico sa situation… Je n’avais aucune envie de lier la conversation ; c’est mon côté « ours sauvage ». S’il attendait un quelconque assentiment de ma part, une « solidarité » entre mâles, il n’eut droit qu’à un coup de griffe, comme j’en ai le secret. Je pris alors, ma plus belle voix, façon Jean Gabin « Ooooh j’vais t’dire, la vie, comme vous l’avez connu, c’est TERMINÉ, et quelques autres conseils du même acabit…! En une seconde, il se décomposa. 
J’étais assez content de moi. Par la suite, mon impression se conforta… 
la chambrée était bruyante, la belle-famille était là, le champagne coulait à flot, la jeune maman faisait bonne figure, malgré son épuisement. Ils fêtaient « l’héritier » ; l’héritier du fils à papa ! C’est du moins, l’impression que j’eus. Avant de rentrer chez nous, le lendemain, elle s’excusa de ne pas avoir été de bonne compagnie, d’avoir écourté une soirée, du manque de discrétion de la belle famille, de, de, de... Cette fille s’excusait beaucoup trop à mon goût et je ne pouvais m’empêcher de penser à ce que serait sa vie de femme, avec un enfant… ?



* estirgouillement : Mot utilisé chez moi.  Du verbe estirgouiller, étirer (estirer) en tout sens. Se dit d'un vêtement qui a perdu sa forme originelle. Un pull, un sweet , complètement estirgouillé, informe.
Au figuré, s'estirgouiller les méninges,réfléchir difficilement, se creuser les méninges, se triturer l'esprit.