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samedi 9 janvier 2021

Vague à lame

 

 

Je ne sais pas vraiment l’expliquer, mais j’ai toujours été fasciné par les lames. Peut-être est-ce l’influence des films de cape et d’épée, ou bien par le légendaire renard qui signait son nom à la pointe de l’épée, d’un Z, qui voulait dire Zorro. Mon père magnait avec maestria « la daille », un autre outil tranchant comme un rasoir ; une faux, en français de France. Fine lame d’acier dont le fil exceptionnel est obtenu par un étirage du métal. En martelant méticuleusement, millimètre après millimètre, le tranchant devient aussi fin qu’une feuille de papier ; redoutable... Le mouvement du faucheur fait le reste. Je fus aussi tout autant fasciné par cet autre outil, un coupe-chou. 

 

 

Fine lame, dangereuse, meurtrière, d’où son nom… Manié avec dextérité, le rasoir laissait la peau aussi douce qu’une peau de bébé. J’eus quelque fois la délicate mission de tenir le miroir pour mon père, alors que j’étais tout petit. Puis un jour, il s’acheta un rasoir dit « de sécurité », les coupures disparurent avec… 

 


 C’est cette même fascination des lames qui fait que je suis capable de passer des heures à lécher les vitrines des couteliers d’une célèbre ville. Admirer une belle pièce, l’imaginer dans ma main, quelques fois la vouloir ; d’autres fois me l’offrir. 

 

un laguiole


L’artisan montait ses couteaux « en direct », devant un public curieux et avide d’authentique. Son échoppe s’ouvrait sur la rue et l’attroupement qu’il occasionnait ne se résorbait jamais. Je possède plusieurs couteaux de poche, un pour chaque jour de la semaine, mais celui que je préfère est un modèle particulier, une marque déposée, un « Thiers ». 

 



Parce que j’aime sa ligne simple et pure, la barre d’un  « T » majuscule, parce que le fabriquant est une fabricante, (clic) mais surtout, parce que ce couteau fermant renferme un secret d’ouverture, et comme vous le savez, j’aime les secrets… J’aime aussi cette tradition  qui veut que lorsque on offre un couteau, un objet tranchant en général, on doit donner une pièce, un sous en échange, peu importe la valeur, ce qui compte, c’est de ne pas couper l’amitié…

 

 «En général, on doit donner une petite pièce de monnaie lorsqu'une personne nous offre un couteau. ... Il est répandu que si un couteau est offert, cela porte malheur. La superstition vient du fait que dans la tradition, un couteau ne s'offre pas, il s'achète. Le couteau doit résulter d'un échange monétaire.»  (Sabatier, fabricant)

 

 La coutellerie ne se limite pas aux simples couteaux, elle englobe tous les outils tranchants.

 



 La fabrication d’un couteau, d’une lame, est un art riche de cinq siècles d’expérience. Il suffit de regarder, de tenir dans sa main un couteau, qu’il soit de table, de cuisine ou de poche, pour faire la différence avec une « chinoiserie » bas de gamme, grand public. La lame la plus prestigieuse est sans conteste la lame « Damas », mélange d’acier dur et doux, dans une subtile combinaison de pliages, torsades, et autres manipulations qui me sont inconnues. Son tranchant est exceptionnel. Un couteau en « Damas » est très facile à identifier, par un bain dans une solution acide, la lame révèle un décor unique. Les différentes pliures et autres tortures du métal se font jour dans une sorte de consécration de l’art.(clic), (suite)

Chaque année, le salon « Coutellia » (clic) attire des milliers de passionnés du monde entier. Ce n’est pas rien !

 

Dans une autre vie, j’aimerais être coutelier, pour le plaisir.

 

mercredi 23 décembre 2020

Noël magique

 

 


 

Bien que Noël soit immuable, il n’y avait toujours pas de sapin à décorer. Mon père rechignait à sacrifier un bébé arbre pour le parer de lumière, l’espace de quelques jours. Quand enfin, il se décidait, je l’accompagnais jusque dans nos bois et guérets. Là aussi était la magie de Noël… Le choix de l’arbre n’était pas aussi simple qu’il n’y paraissait. Qu’est-ce qui ressemble plus à un sapin, qu’un autre sapin ! Sapin commun ou épicéa, douglas ou simple pin, le choix était vaste. Ce n’était pas tant la variété qui importait, que le choix de l’arbre, proprement dit. Mon père recherchait un arbre particulier, celui qui ne survivrait pas au débardage des plus grands. Le passage répété des troncs ou du trinqueballe, n’avait que faire d’un jeune arbre. Une fois identifié, d’un coup de hache décoché avec précision, le sapin de Noël était coupé ; ou sauvé d’une mort affreuse.

Son pied enserré dans un socle d’acier, ses branches s’offraient à un enguirlandage dans les règles. Ma sœur E…..  avait la responsabilité de la phase la plus délicate : la mise en place de ces petites bulles de lumière, fêtes de verre soufflé, exactement comme dans un film que j’ai fait découvrir à une amie…(clic) Chaque bulle de verre réfractait le moindre éclat de lumière en le dupliquant à l’infini. Étincelles d’émerveillement. Noël était une fête des lumières, surtout à la lueur de la flamme d’une lampe à pétrole, quand l’écir avait raison du réseau éclectrique. Si les souvenirs sont intacts, il n’en est pas de même de ces boules de magie. Bien que délicatement rangées dans un coffret rempli de fins copeaux de bois, le reste de l’année, elles n’ont pas résisté aux coups de pattes agiles et curieuses des petits chats de la maison ; à moins que ce ne soit nos maladresses… J’entends encore le son particulier des brisures de ces boules de rêves.

Bien des années plus tard, ce que l’on pourrait appeler la magie de Noël, opéra dans un tout autre registre. À moins que ce ne fut la chance, tout simplement.

 

 

Une chanson de circonstance interprétée par une artiste d'outre Rhin.

 

 

 Ou, celle-ci ; au choix. 

Passer d'aussi belles fêtes de fin d'année que possible.

vendredi 11 décembre 2020

A vélo sous les étoiles

 

La journée avait commencé sous les meilleurs auspices, sans pour cela habiter Beaune. Nous avions une quarantaine de réservations et l’auberge dans laquelle nous officiions, commençait à bien tourner. Faut dire que la spécialité de la maison ravissait les papilles et rassasiait les plus gourmands. Nous faisions même des envieux.

Personne ou presque ne prêta attention à la fille qui venait de s’installer au bar. Elle se pausa comme un nuage, sans ombre, demanda un verre d’eau et la possibilité de remplir sa gourde. Nous avions affaire à une randonneuse à vélo. Une fille courageuse ou un peu folle, car il fallait certainement une certaine dose des deux pour propulser un vélo, bardé de sacoches, sacs à dos et matériels de camping sur les routes du Cantal, par un soleil de plomb. Elle voyageait seule, dormait où elle trouvait et ne craignait que les chiens des fermes, dans la traversée des villages.


Cyclisme, Pavot, Loisirs, Vélo
*

C’était un dimanche ordinaire pour notre association de bienfaiteurs. Le service était terminé, la recette avait été bonne, et nous partagions les derniers verres de l’amitié, agrémentés de tartes aux pommes. Par politesse, elle refusa la part que nous lui proposâmes. Puis, devant notre insistance, elle en accepta même une deuxième. La glace était brisée, et elle confia, à mots couverts, qu’elle n’avait rien mangé depuis deux jours. Son budget très serré, ne lui autorisait aucun écart.  À ces mots, madame V……, la cuisinière, ne resta pas insensible à ce petit bout de femme, et lui prépara illico un repas. Certes fait de reste, mais tout à fait honnête. Repas qu’elle refusa en invoquant le fait qu’elle n’avait pas de quoi régler l’addition.

       Mais qui parle d’argent ? Nous nous exclamâmes !

Revigorée, elle reprit son vélo pour rejoindre le camping de R….., où elle avait un rendez-vous/étape. N’allez pas croire que nous nous sommes comportés comme des goujats, nous lui avons proposée de la véhiculer. Elle refusa catégoriquement. Quelques semaines plus tard, alors qu’elle avait regagné sa cité universitaire, une carte postale arriva tout aussi discrètement qu’elle. Ma mémoire défaille un peu, cependant, les mots m’ont accroché. Et même si le verbatim n’est pas fiable à  cent pour-cent, il l’est à au moins quatre-vingt-dix-neuf.

« Pédaler sous les étoiles n’a jamais été aussi agréable, surtout avec le ventre plein et le cœur réchauffé à la manière d’un feu de joie. Un grand merci pour votre hospitalité, votre générosité, (ce n’est pas comme ça que vous allez devenir riche…). C’est la première fois que je fais un aussi bon repas en commençant par le dessert. »

C’est dingue, mais parmi la quarantaine de personnes que nous avons croisées, ce jour-là, seule cette fille a su graver nos mémoires de son empreinte.

 * : Photo du net

samedi 14 novembre 2020

Secret de fabrication

 

Je crois l’avoir déjà dit, dans un billet, ou un commentaire, j’aime les secrets. J’aime aussi les partager ; comme celui que j’ai intégré dans ma bibliothèque, ou bien le secret de mon pseudonyme. Je n’ai pas pour habitude de révéler ceux qui me sont confiés. Dans ce domaine, je suis une tombe ! Je ne divulguerai pas non plus certains secrets inhérents à mon métier ; ceux que l’on m’a transmis, ceux que j’ai découverts, qui ne sont, en fait, que des petites astuces mises au point par la pratique. Trop souvent, j’ai vu d’autres personnes se les approprier sans vergogne, sans respect. Ces secrets-là, ne doivent être donnés qu’à des personnes de confiance, qui le méritent. Le secret que je vais confier dans ces lignes, sans en être un de polichinelle, n’en est pas vraiment un.

J’ai une façon particulière d’écrire ; je ne sais pas m’assoir à mon bureau, dans ce seul but. Bien sûr, il m’arrive de griffonner quelques lignes quand la maison est encore endormie, ou encore le soir, quand les tumultes de la vie sont en veilleuse, mais l’endroit où j’écris la presque quasi-totalité de mes billets, ce même endroit où j’ai écrit des commentaires qui ont fait dire à la personne à qui ils s’adressaient « mais, ce commentaire est un billet à lui tout seul !» Eh bien, cet endroit fait face au royaume des orchidées, la colline de Mirabel… la belle vue, mon souffle d’inspiration Xoulecienne.


 

colline de Mirabel (clic)

 

Voilà, c’est dit, j’écris sur mon lieu de travail. N’allez pas penser que je ne travaille pas. Quoique ? J’ai toujours sur moi de quoi écrire, et je consigne seulement quand les idées sont trop nombreuses. Une façon pour l’esprit de s’évader, quand des tâches ingrates rendent le corps prisonnier. Quand vient la pause déjeuner, je réorchestre mes notes disparates en ordre de lecture, dont je ne mesure pas toujours la portée. Parfois, je suis assez fier de moi, parfois moins.