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samedi 15 juin 2019

Soldes


Tout doit disparaitre...

L’on vit une drôle d’époque, quand même ! Lucky Luke ne fume plus, non pas qu’il ait arrêté, non ! On a remplacé son authentique cigarette par un brin d’herbe. 
Pas sûr qu’il ait gagné au change ! Si ça se trouve, elle est transgénique et glyphosatée. Le commissaire Maigret a cassé sa pipe, enfin, Jean Richard, tout du moins ; dans ma mémoire, c’est encore lui qui l’incarne. 
Que serait le personnage de Michel Piccoli dans les choses de la vie, sans ces cigarettes, hein ?
On  « revisite » l’histoire, certains la nie, d’autres la modifie, la lisse. C’est en visitant ce musée (ici) l’été dernier en compagnie de mon fils de quinze ans, que je me suis aperçu de la forfaiture… 
Si la guerre y est bien décrite, l’occupation allemande, sous forme de bande dessinée, (façon tintin), la résistance, etc… j’ai été fort étonné de ne plus pouvoir lire les authentiques et nombreuses lettres de dénonciations… 
Pour les avoir lus, librement, trente ans plus tôt ! pfffft, passée sous silence, disparus, n’ayant jamais existées…
Je voulais que mon fils les voie, les lise, tout simplement. Pour en mesurer l’horreur et la bassesse. Ces lettres m’avaient marqué. Qui pour une jalousie, une parcelle de terre convoitée, un voisin indésirable, un amant susceptible, tous les prétextes étaient  « valables », avec les conséquences que l’on connait. 
Lissage de l’histoire… Je comprenais alors mon père, qui véhiculait son frère, réfractaire au sto, caché dans une charrette d’herbes, pour éviter de tenter le diable…
Annihilation de la mémoire, une façon de manipuler les peuples. 
Faire croire que tout était noir ou blanc, d’un côté les bons, de l’autre les méchants, fermer les yeux sur les brutes et les truands...
 
Un système binaire, la base de l’informatique ; attention aux bugs…



mardi 28 mai 2019

Alpinisme





Iris hart (photo du net)












Elle se prénommait Iris et elle avait le regard pétillant des gens passionnés. 
C’est avec elle que j’ai redécouvert, le temps de quelques heures, le plaisir de grimper aux arbres ! 
Je ne connais pas un seul gamin qui n’ait jamais grimpé à ces géants, ou tout au moins, essayé.             Grimper aux arbres, est un vestige de nos lointaines origines arboricoles. 
Elle était monitrice d’escalade, spécialisée dans la grimpe d’arbres ; spécialité reconnue. 
J’étais le seul homme, dans ce groupe d’enfants, que leurs mamans respectives accompagnaient pour cette sortie on ne peut plus ludique. L’orée du bois était un havre de douceur parfumé de lavande et offrait une vue imprenable sur le plateau inondé de soleil provençale. 
Iris expliqua les règles de base de la grimpe en toute sécurité. A l’issue, les enfants enfilèrent leurs baudriers respectifs, sous les regards bienveillants de leurs mamans. Passé ce cap, le tutoiement fut de rigueur. C’est le mien, de baudrier, qui posa problème… Iris m’avait attribué une minceur que je n’avais pas. Elle s’excusa, un peu confuse et m’en donna un ad hoc. C’est juste-là, que j’ai senti des regards peser sur moi, tandis que je m’exécutais, une jambe, puis l’autre, que je remontais l’ensemble jusqu’à la ceinture, en prenant soin, dans une contorsion que je voulus élégante, de ne pas enserrer une partie sensible de mon anatomie… 
Cette gymnastique n’échappa pas aux yeux de certaines de mes spectatrices qui n’échappèrent pas aux miens, qui parfois sont de lynx… Je crus voir sur certains visages, un sourire s’esquisser, un, je ne sais quoi briller… que j’éteignis par une blague de mon cru.
Me sentir ainsi déshabillé du regard, me mit mal à l’aise ; tout comme peut l’être une femme, par les regards insistants de  certains hommes, qui ne voient en elles qu’un objet sexuel. L’escalade commença, un arbre facile et puis un autre et encore… jusqu’au dernier.  Un hêtre majestueux, le plus haut, le plus difficile aussi, celui que j’ai préféré. 

Grimper aux arbres est bien plus que cela, c’est une communion avec la nature, un contact sensuel, presque intime. Ressentir la force de vie au contact de l’écorce lisse, au toucher soyeux, respirer les messages positifs que les arbres échangent entre eux, car, c’est établi, les arbres communiquent entre eux, par les racines, par la sève, par le feuillage, chimiquement et notre cerveau perçoit forcément ce cocktail de bien-être. Instinctivement, on le recherche. 
Une fois rendu au sommet du houppier, j’avais l’âme du gamin que je suis parfois. 
L’escapade prit fin, chacun commentant ses exploits avec enthousiasme, Iris récupéra son matériel et dû grimper une dernière fois.  Il me sembla qu’elle progressait avec beaucoup d’aisance, signe incontestable d’une parfaite maîtrise de l’exercice ; des gestes précis et sûrs, une façon harmonieuse de se mouvoir. Tandis que je l’assurais, j’appréciais ses qualités de grimpeuse.  
La forêt nous souriait, j’étais bien.

Un excellent souvenir de vacances, avec mon fils ainé.

Merci Iris


Pour en savoir un peu plus, c'est ici.





vendredi 17 mai 2019

Adieu Monsieur le professeur





Monsieur  M  ressemblait à Patrick Topaloff, mais ne nous chantait pas qu’il avait bien bu et bien mangé. C’était notre instituteur, le seul que je n’ai jamais eu.   
J’eus beaucoup d’institutrices qui débutèrent dans mon village. Mon école était un poste difficile ; non pas que nous étions des cancres ou des enfants difficiles, simplement, nous vivions hors du temps…
Originaire du fin fond du département, une région que l’on appelle la châtaigneraie ; un pays qui ne ressemble en rien au mien. Il « débarqua » à la fin du mois d’août, pour découvrir son poste et son logement de fonction. Notre maison, jouxtant quasiment l’école, nous avions le privilège de faire connaissance avant l’heure de celles et ceux qui nous feraient souffrir en classe. Ce premier contact signifiait pour nous la fin proche des vacances, la fin de la liberté.

Monsieur M était plutôt un bon instituteur. Il était respecté et inspirait aussi de la crainte, surtout depuis le jour où il avait appris à « voler » au fils du maire, un spécimen récalcitrant à l’instruction… Un coup de pied adroitement placé sur la partie charnue de son fondement, le propulsa hélico-presto devant le tableau vert. Nous aurions pu entendre une mouche voler, si toutefois une mouche se risquât à seulement battre des ailes.
Monsieur M avait des accès de colère qui m’impressionnaient beaucoup et lorsque il me confia la délicate mission de lui  livrer bihebdomadairement la baguette de pain que ma maman lui achetait, je n’en menais pas large. J’affrontais ma peur et du même coup, remportais une petite victoire sur moi-même. L’année s’écoula plus calmement et il eut droit à la fameuse chanson d’Hugues Auffray… Il resta en poste des années à quelques dizaines de kilomètres et quand j’eus de ses nouvelles, ce fut pour apprendre qu’il était mort, prématurément…
La décharge d’un fusil de chasse lui fut fatale. Un accident, me direz-vous ? Vous n’y êtes pas ! Selon les éléments de l’enquête, monsieur M était un mari violent et aux cours de la dernière « dispute », qui, entre nous, savons exactement  ce qu’elle signifie… La victime des violences appuya sur la détente.
A l’époque, personne n’aurait pu imaginer ce funeste scénario. Que s’était-il passé, entre temps… ? Qu’est-ce qui pousse un homme à faire vivre l’enfer aux siens… ?

Les apparences peuvent être parfois trompeuses…



mardi 7 mai 2019

Vendeuvre



Photo du net












Je n’ai pas appris à conduire comme tout le monde. J’ai eu la chance d’apprendre à conduire sur une pièce de musée, d’ailleurs, je l’y ai vu… Un authentique tracteur Vendeuvre, un monstre tout de fer et d’acier ; quoi de plus normal, quand on vit dans une ferme ! 
Les secrets du double débrayage et double pédalage n’en sont plus pour moi. Comme le vélo, ça ne s’oublie pas ! Après une telle formation, la conduite d’une voiture paraissait facile. 
Ma première voiture était plus proche de l’épave que de l’auto, d’ailleurs, il était plus prudent d’avoir avec soi, une caisse à outils, pour être sûr d’arriver à destination... 
Mes progrès en mécanique ont été considérables, à cette époque-là. Mais le véhicule que j’aime depuis toujours, est une machine qui ne rime pas avec le besoin de personne… Une sorte de joujou extra, un piège à fille, un truc qui fait… Qui n’en piégea pas. 
On n’attrape pas les mouches avec du vinaigre. Je n’aime pas la performance ni la compétition. Je ne suis pas un adepte du « Joe bar team* »… J’aime cette force tranquille qui me caractérise parfois ; celle que je ressens au guidon de ma moto.  Un concentré de puissance, d’agilité et de liberté, qui me laisse baba, cool. J’ai roulé par tous les temps, jusqu’au trop-plein...
J’ai fait une très grande pause et J’en ai redécouvert tous les plaisirs intacts. Je n’ai commis qu’une erreur de jeunesse avec… Mon œil masculin trop attiré par le déhanchement suave d’une passante  sans soucis. Je n’ai pu éviter le choc qu’elle m’occasionna… Pas une chute, non. Mais une superbe cascade digne des plus grands. 
Un choc, disais-je. Suivi d’une pirouette dans les airs avec une réception au sol, sur mes deux jambes, tel un gymnaste en plein exercice.
 
C’est chouette d’avoir plusieurs cordes à son arc...

                                                                                                                                                                                                                         
    









dimanche 28 avril 2019

Baiser






Rien ne se passe comme je le voudrais. C'est en cherchant à en séduire une autre, qu'elle est tombée sous mon charme. Deux années scolaires ont été nécessaires à l'opération et celle que je convoitais, ne succomba pas. Il n'y avait que pendant les cours de mathématique que nous étions côte à côte. Je crois que nous étions les seules dans ce cas. Les autres, ne se mélangeaient pas. Les garçons trop fiers, les filles plus réservées ; enfin, il me semble que c'était ainsi. 
J'étais simplement bien à côté d'elle et il me plaisait à penser qu'il en était de même pour elle... 
Je faisais déjà des jeux de mots plus ou moins bons, dont un particulièrement avec son nom. Elle me répondait en m'affublant de deux surnoms que je ne révèlerai pas et qui pourraient être des insultes, dans d'autres circonstances. 
C'est sous le regard bienveillant de notre professeur de mathématique, monsieur V..... , que nous nous adonnions à nos joutes pas encore amoureuses,  dans ce cadre orthonormé que nos abscisses et ordonnées de nos fonctions intimes et linéaires s'affinaient dans une équation totalement inconnue. 
J'étais parfaitement conscient que les filles préféraient les garçons plus âgés, ceux qui ressemblent plus à des hommes. Une grande taille, une musculature idoine, du poil au menton et aux pattes... 
Grrr, je ne remplissais aucun de ces critères ! Mais la nature est bien faite... 
Nous avions la même finesse d'esprit, le même sens de l'humour et de la dérision, ou presque. Dominique me tomba dans les bras sans que je l'eusse vu arriver. À la récréation du matin, à l'abri des regards indiscrets, nous échangeâmes pour la première fois nos fluides salivaires, le jour du bel été... S'ensuivit une journée sur un petit nuage, l'air un peu niais, avant que je ne retombasse sur la terre ferme ; très ferme, avec le goût amer de la séparation. 
C'était le dernier jour d'école et nous ne nous reverrions plus. Le premier baiser, un baiser d'adieu, avant un été de porcelaine. 



samedi 20 avril 2019

Méga rêve !



 











Ne vous est-il jamais arrivé de faire un rêve si fort qu’au réveil, on doute de son irréalité ?  Avec cette question qui revient : j’ai rêvé, ou quoi …? 
C’est assez troublant, quand le rêve se confond avec la réalité...
Bien sûr, à l’adolescence, cela arrive souvent ; quand les hormones entrent en action, que les draps s’en souviennent… On se rend compte que le rêve et la réalité sont intimement liés.
Mon rêve avait pour décor une forêt. Pas celle nécessaire à la construction de feue la charpente de la célèbre cathédrale, partie en fumée. Non plus une forêt lointaine où l’on entendît le hibou répondre au coucou, du haut de son grand chêne. 
Une forêt toute proche, la plus belle chênaie d’Europe. 
Je ne faisais pas d’accrobranche, pourtant, je flottais à deux mètres au-dessus du sol, porté dans une chimère au parfum d’interdit… 
Une escapade hors du temps, où je n’étais plus tout à fait moi-même et pourtant pleinement moi. C’était fantastique, comme le sont les forêts, dans les contes de Perrault. Quasi-mystique, comme les légendes. Un endroit où vivent les fées, les sorcières,  les belles aux bois, les schtroumpfs. Ces fameux petits personnages qui rient tout le temps ; chatouillés qu’ils sont par les herbes hautes, à un endroit que je ne nommerai pas.
Mon rêve flou baignait dans cette atmosphère étrange que l’on retrouve dans le célèbre roman d’Alain Fournier.  Cette même sensation où, plus on se rapproche de quelque chose et plus on s’en éloigne inexorablement... C’est dans cet état, proche de l’Ohio que je suivais sans y croire le fil de mon histoire. J’étais tombé sous un charme, dans une forêt de chaînes…
La nuit pâlissait déjà, que mon rêve s’étiolait à mesure que je me réveillais.

Ce n’est qu’en découvrant dans ma boite aux lettres un poème à l’encre bleu même pas délavée que je sus que mon rêve était réalité, lié à jamais.