présentation

mercredi 10 août 2022

vacances

 

Je n’étais jamais parti en vacances. Enfant, ados, adulte, les vacances étaient synonymes de travail ; celui qu’on ne peut pas faire les week-ends trop courts. Puis un jour, à la faveur d’une rencontre, je me suis complétement déconnecté l’espace de douze jours. Douze jours de vraies vacances. C’est peu. 

Après, je n’ai jamais éprouvé le besoin de partir, de changer d’air. Je n’étais bien que chez moi ; j’avais toujours à faire… Ce sont mes enfants qui m’ont entraîné, je voulais leur faire découvrir l’ailleurs… Je découvrais autant qu’eux. D’autres lieux, d’autres gens. Le sud-est, le sud-ouest, l’ouest, la Bretagne, la Normandie. Les quatre coins de l’hexagone que je ne connaissais pas, que nous découvrions ensemble. C’était bien. Je suis assez fier de leur avoir transmis le goût de découvrir par eux-mêmes.

Maintenant, les vacances sont synonymes de farniente. D’ailleurs, c’est ce que je fais ; niente ! J’en oublie même de visiter mon propre blog… 

Plus de goût, plus d’envie. Je sais ce que vous vous dites : c’est le Covid ! Ben, même pas. Dans ma nombreuse famille, nous sommes tous passés à travers. 

Pas de perte de goût, juste la fameuse flemme britannique ! 😀

 

vendredi 1 juillet 2022

Voilà l'été !

 

Tandis que les négresses vertes s’époumonaient à plein tube, « Voilà l’été », la fraîcheur restait prisonnière du massif central. Le soleil radieux, le ciel bleu à profusion, ne suffisaient pas à réchauffer l’atmosphère. Heureusement, la journée commença par un rayon de soleil qui s’ajouta aux autres…

La main droite, engourdie, maintenait la poignée en coin, tandis que la gauche peinait à se réchauffer en contact avec le moteur de ma machine. J’avais commis l’erreur de ne pas prendre de gants, et le froid de ce premier jour de juillet finissant, me mordait douloureusement les extrémités. La vitesse n’arrangeait en rien l’impression, qui était bien réelle. Il aurait été judicieux de faire une pause, pour se réchauffer, mais je ne voulais pas. Je ne voulais pas précipiter les choses… Cela faisait vingt-quatre heures que je ressentais quelque chose d’important à venir ; je voulais m’y soustraire. Jusque-là, j’avais plutôt bien réussi. Mais pour combien de temps encore ? Peut-on échapper à ce qui est écrit ?

La vie égrenait ses minutes, et je me rapprochais inéluctablement de l’inévitable. Je savais que je n’y résisterais pas. Le froid en décida, net éclair. 

Les membres ankylosés, l’esprit embrumé et le cœur à cent-vingt, la conduite de la moto devenait dangereuse. Quoique le danger fût peut-être ailleurs…

Ma passagère était belle, intelligente, avec de la classe, audacieuse, de l’esprit et de l’humour, magnifiquement attirante, à moins que ce ne fût son corps si fémininement sculpté. Je savais que j’allais tomber sous son charme ♫♪♫♪, c’était écrit ♫♪♫♪.  A moins que ce ne fût le contraire.

Je chus délicieusement.

C’est dingue, comme la fraîcheur toute matutinale de ce premier jour de juillet a fait ressurgir un souvenir figé dans cette même froidure du matin.

mercredi 25 mai 2022

Passionné

 

Si je vous parlais de mon métier ? Ben non Xoulec, tu dérailles ! Tu en as déjà parlé ici, clic. Mille pardons, c’est que j’avais la tête ailleurs. Faut que je vous dise, mon métier est assez diffèrent de mon travail. L’un découle de l’autre, et  je sais être intarissable sur le sujet.

J’ai appris mon métier en regardant mon père le pratiquer  à ses heures perdues.  À mes yeux d’enfants, il savait tout faire.  Des trucs utiles à la ferme, charrette, tombereau, chaises pour la traite des vaches, manches, râteaux, mais pas de la méduse… Et puis aussi, des petits jouets, une luge. C’est fou comme le bois est une matière polyvalente ; tout aussi fou aussi, le nombre d’objets dont une maison regorge.

Me revient aux oreilles le sifflement particulier du fer de la varlope, déroulant de jolis rubans de bois, aussi fins que du papier d’harmonie. Cet outil était magique. Il redressait le bois et le rendait « doux » au toucher. J’ai appris ce qu’était un tenon, une mortaise, un mouton et sa gueule-de-loup, une noix et sa contre-noix. Le vocabulaire technique était riche de mots nouveaux. Un vilebrequin, qui servait à vilebrequiner ; un trusquin, à trusquiner ; un bédane qui ne servait pas à bédaner, mais à exécuter des mortaises, que je sais encore faire.

Travailler le bois avec des machines modernes est nettement moins poétique.  C’est bruyant et dangereux. Je ne saurais dire le nombre de menuisiers que j’ai croisés dont les mains n’étaient pas complètes… Rassurez-vous, je possède mes dix doigts. Se servir de la machine pour arriver à ses fins, et non pas servir une machine ; eh oui, l’informatique et le numérique sont passés par là… C’est moins dangereux, moins pénible, mais plus bruyant. À la limite de l’avilissement. 

Trop souvent, en regardant mes collègues, j’ai eu l’impression de voir Charlot dans les temps modernes ! Remarquez, quand je suis en poste à la scie de débit, j’ai tout le loisir de penser à un tas de choses sans lien avec le boulot. Comme par exemple, écrire ce billet. Aucun  risque de se blesser, c’est bourré de sécurité en tous genres.

Vous l’aurez compris, j’aime façonner le bois à ma façon, pas à celle d’un programmateur à l’aide d’un robot téléguidé. Je me rends compte, maintenant, que je ressemble  de plus en plus à un vieux dinosaure à qui on apprend plus à faire des grimaces.

 

 

Ci-dessous, mes derniers ouvrages façonnés par mes soins.

 

 

 Un grand frère...

 


         Trois plots de découpe, confectionnés avec le restant de bois de ma bibliothèque




                    Un cale-livre réalisé avec le restant de bois de mes plots de découpe


 

dimanche 1 mai 2022

Les aventuriers

 

Ce qui m’alerta, ce fut le vrombissement des chevaux-vapeur. A vue d’oreille, cela devait être un sacré engin agricole qui œuvrait-là ! Mais un dimanche, peu probable ! A la faveur d’une trouée dans la végétation, j’aperçus, tel un serpent de fer, une file indienne de véhicules dits « tout terrain ». 

J’aime depuis toujours me promener dans ma campagne cantalienne ; j’y puise la force de ce vieux stratovolcan. Le silence et le souffle du vent y vibrent avec moi. Mais qui donc diffractait ainsi mes ondes ? J’eus la réponse quelques centaines de mètres plus loin. D’après les plaques minéralogiques, les perturbateurs endoctrinés débarquaient tout droit de la région parisienne. C’était donc une randonnée motorisée pour citadins en mal de dépaysement.

Moi, j’étais vêtu en autochtone : jeans, veste militaire, botte en caoutchouc, et mon bâton de pèlerin en noisetier fraîchement coupé. Je me fondais dans le paysage, j’avais la dégaine d’un paysan du coin.

Les bourlingueurs franchirent le petit ruisseau, qui, pour l’occasion, était sorti de son lit, tiré de ses rêves par les pluies du printemps, et stoppèrent à ma hauteur. Un grand escogriffe descendit du véhicule de tête, avec une carte à la main. C’était probablement le chef. Je pensais bêtement qu’il allait me demander son chemin. Que nenni, même pas un bonjour !  Heureusement que les autres participants n’étaient pas tous issues du même moule à gaufre… Je perçus ici et là quelques hochements de tête, mas pas de grandes effusions.

 Le chef déplia sa carte, et avec deux ou trois compères, firent le point. Indiana Jones et le nord perdu… Cette pensée me fit sourire. Ce qui me fit rire, ce fut le claquement de mains qui ponctua la courte pause et invitait ses acolytes à reprendre la route. 

C’est d’ailleurs cette phrase qui me fit rire : « Bien, en route pour de nouvelles aventures ».

 Quelle aventure ! Ces Indiana Jones de pacotille avaient franchi un gué, avaient brisé mon petit lac-miroir dont le niveau n’atteignait pas le dessus de ma cheville. Quel exploit !

Cette randonnée me faisait penser à ces stages de cohésion entre les différents personnels d’une entreprise ; ou comment souder des équipes dans un environnement autre. En l’occurrence, parmi les peuplades du Cantal, pour ne pas dire chez les bouseux. Rien à voir avec Bob Maurane à la recherche de l’oncle Joe ♫♫♫

Ça ne m’égratigne même pas. Vous savez, la bave du crapaud…

dimanche 27 mars 2022

Changement d'heure !

 

Parfois, le temps s’écoule comme un vieux camembert trop fait. Les minutes s’étirent à en devenir des heures, les heures, des journées.  Plus j’y pense, plus le temps qui passe ressemble à cette sorte de fromage en portions à l’effigie d’un bovin hilare. Six, douze, ou vingt-quatre parts, comme autant de tranches horaires.

 


Tout comme mes frères et sœurs, j’ai eu ma première montre-bracelet pour l’entrée en sixième. Loin de chez soi, il fallait mesurer le temps qui nous séparait du retour. Attiré, que j’étais par ces mécaniques, j’avais pris un peu d’avance. La montre de gousset de mon père me fascinait. Elle restait à demeure dans un tiroir de l’armoire parentale. En journée, nous avions interdiction de monter dans les chambres, à l’étage. Selon ma mère, nous n’avions rien à y faire. Aussi, à la faveur de moments d’inattention, je m’éclipsais en douce pour satisfaire ma curiosité. La porte de l’armoire grinçait, mais j’avais trouvé une astuce pour éviter cela. Ensuite, le tiroir forçait sur ses coulisseaux, et il ne fallait surtout pas se faire surprendre par la brusque libération des  frottements ; sans quoi, la chute était inévitable, et moi, démasqué. Là, parmi des papiers importants, gisait l’objet de ma convoitise. La montre de mon père, qui la tenait du sien, et sûrement plus encore. 

 


 

 

 

 

 

 

Je savais passer un temps infini à la regarder égrener en rond, dans un tic tic tic caractéristique. Cette montre n’avait rien d’extraordinaire, mais elle me plaisait, et j’imaginais qu’avec un tel objet, j’avais le pouvoir de ralentir, et pourquoi pas, de remonter le temps. Le ressort n’apprécia pas mes nombreuses remontrances… 

Vienne les nuits, sonnèrent les heures, les jours passèrent et la montre demeura cassée.

Des années plus tard, j’ai retrouvé ce plaisir perdu dans les limbes de l’enfance. Une authentique montre mécanique à la précision Helvétique dardait ses aiguilles à travers la vitrine d’un bijoutier. Je l’ai longtemps admirée, jusqu’à ce que je me décide à franchir le cadran sol/air de la boutique. À défaut de changer d’heure, j’ai changé de montre. C’est dingue, mais je sais encore passer du temps à la regarder tictaquer.  L’instant fugace de la superposition des aiguilles est assez magique ; je remonte enfin le temps. J’ai six, sept ou huit ans. 

 

Ma montre

 

 Mon billet, à l'état de premier brouillon

 

J’aurais aimé hériter de la tocante paternelle ; je l’aurais faite réparer pour rattraper ma bêtise d’enfant. Hélas, tout comme la tradition voulait que la ferme familiale soit reprise par l’ainé des garçons, la montre revint à mon frère. Je me suis senti comme le petit quinquillou… Vous savez, dans ce petit jeu de mains d’enfants, où une poule a fait un œuf au creux de la main…