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vendredi 17 mai 2019

Adieu Monsieur le professeur





Monsieur  M  ressemblait à Patrick Topaloff, mais ne nous chantait pas qu’il avait bien bu et bien mangé. C’était notre instituteur, le seul que je n’ai jamais eu.   
J’eus beaucoup d’institutrices qui débutèrent dans mon village. Mon école était un poste difficile ; non pas que nous étions des cancres ou des enfants difficiles, simplement, nous vivions hors du temps…
Originaire du fin fond du département, une région que l’on appelle la châtaigneraie ; un pays qui ne ressemble en rien au mien. Il « débarqua » à la fin du mois d’août, pour découvrir son poste et son logement de fonction. Notre maison, jouxtant quasiment l’école, nous avions le privilège de faire connaissance avant l’heure de celles et ceux qui nous feraient souffrir en classe. Ce premier contact signifiait pour nous la fin proche des vacances, la fin de la liberté.

Monsieur M était plutôt un bon instituteur. Il était respecté et inspirait aussi de la crainte, surtout depuis le jour où il avait appris à « voler » au fils du maire, un spécimen récalcitrant à l’instruction… Un coup de pied adroitement placé sur la partie charnue de son fondement, le propulsa hélico-presto devant le tableau vert. Nous aurions pu entendre une mouche voler, si toutefois une mouche se risquât à seulement battre des ailes.
Monsieur M avait des accès de colère qui m’impressionnaient beaucoup et lorsque il me confia la délicate mission de lui  livrer bihebdomadairement la baguette de pain que ma maman lui achetait, je n’en menais pas large. J’affrontais ma peur et du même coup, remportais une petite victoire sur moi-même. L’année s’écoula plus calmement et il eut droit à la fameuse chanson d’Hugues Auffray… Il resta en poste des années à quelques dizaines de kilomètres et quand j’eus de ses nouvelles, ce fut pour apprendre qu’il était mort, prématurément…
La décharge d’un fusil de chasse lui fut fatale. Un accident, me direz-vous ? Vous n’y êtes pas ! Selon les éléments de l’enquête, monsieur M était un mari violent et aux cours de la dernière « dispute », qui, entre nous, savons exactement  ce qu’elle signifie… La victime des violences appuya sur la détente.
A l’époque, personne n’aurait pu imaginer ce funeste scénario. Que s’était-il passé, entre temps… ? Qu’est-ce qui pousse un homme à faire vivre l’enfer aux siens… ?

Les apparences peuvent être parfois trompeuses…



17 commentaires:

  1. Quel curieux billet. La familiarité de la violence, la violence banale. Oui, nous avons connu ainsi des gens, à cette autre époque où tout n'était pas puni (on nous disait juste de ne pas nous approcher du vieux Machin qui touchait les filles à la sortie de l'école, ou de ne pas agacer le prof qui avait la main leste, mais on ne s'en prenait ni au vieux Machin ni au professeur...), la violence des autres était admise comme faisant partie d'eux. Ils se voyaient donc non comme quelqu'un qui devrait avoir honte mais comme quelqu'un qui "était comme ça et c'est tout"... Bien sûr, parfois aussi le châtiment était comme ça!

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    1. Dans ce cas précis, le châtiment est terrible ! En dehors de ses accès de colère, monsieur M était plutôt cool, quand on était bon élève... Je ne sais pas du tout ce qu'a été sa vie, entre le début et la fin de mon histoire ; une trentaine d'années.

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  2. Des souvenirs affluent, celle de l'institutrice qui m'avait flanqué une énorme giffle, au moment ou passant derrière nous, elle avait constaté une faute d'orthographe, la seule d'ailleurs !
    Puis plus tard un instituteur violent, dans la classe de mon fils et qui menaçait les enfants s'ils le racontaient à leurs parents. La directrice leur disait de crier bien fort dans l'escalier extérieur s'il en poussait un .....

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    1. C'était une époque où les gifles coups de règle sur la tête, les petits cheveux, juste derrière les oreilles, qui faisait horriblement mal lorsque ils ou elles tiraient dessus et je ne parle pas des oreilles, étaient monnaie courante. Se plaindre chez soi aurait été, pour certain, bien pire... Je suis peut-être bien un peu naïf, je pensais que cela était propre à notre campagne perdu...
      Ce que tu dis dans tes deux dernières phrases est encore plus terrible...

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  3. Ton récit fait froid dans le dos. Même si tu as mis une dose d'humour ironique à l'intérieur, et c'est bien vu. On pourrait penser que c'était de l'ordre de l'exception les professeurs violents. Hélas non ! J'en fus moi-même victime et d'autres de mes petits camarades. Je suis une fois rentré l'oreille en sang, tellement ils les tirait fort. Comme le sang avait coagulé et prenait une teinte marronnasse, ma mère m'engueula parce que j'avais les oreilles sales…
    Qui plus est ce n'est pas une époque révolue. Un de mes petits-fils de quatre ans a subi il y a deux ans des violences psychologiques et quasi physiques. La jeune enseignante en question n'a pas tardé à bénéficier d'une promotion… vers un autre établissement…

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    1. Ton témoignage aussi, fait froid dans le dos ! Avant que je n'entre en primaire, j'avais eu des témoignages de par mes sœurs. Les mèches de cheveux arrachées, les oreilles décollées, pour de vrai, comme toi, les vraies ardoises cassées sur la tête et bien d'autres supplices s'apparentant à de la torture. Par chance, chez nous, tous autant que nous sommes, avons échappés à cela.
      A contrario, il y avait aussi l’exact contraire ; une institutrice, madame P, que j'aurais bien voulu avoir... :) Vus de chez moi, les cours ressemblaient à une récréation permanente... Malheureusement pour les élèves, c'était sans compter sur la "vigilance" de ma maman... Quand la "récréation" avait assez durée, ma maman(qui n'a pu être institutrice pour cause de deuxième guerre mondiale) montait "rétablir" l'ordre... Sans être violente, elle avait une autorité naturelle.
      Mais, tes dernières phrases me font encore plus froid dans le dos... Je croyais bien que cette époque était définitivement révolue. La promotion... vers un autre établissement ne fait que déplacer le problème...

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  4. Je n'ai jamais eu à souffrir de la violence de l'un de mes professeurs, heureusement, mais je sais que c'était pourtant monnaie courante à l'époque. Et personne ne disait rien, c'était somme toute naturel. Taper sur les doigts des gamins avec une règle, le bonnet d'âne, si humiliant, et tant d'autres choses. Mais comme le dit Alain, il peut y avoir aussi des violences verbales, aussi destructrices que les violences physiques. Et à l'heure actuelle, cela arrive fréquemment, hélas.
    Bonne soirée, Xoulec. Bises humides.

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    1. Merci Françoise !
      Hormis monsieur M, qui maltraita deux ou trois "cancres", je n'ai pas eu de professeurs violent, à proprement parlé. Mais, c'est vrai, c'était monnaie courante ; plutôt une violence physique. Cela ne minimise en rien la violence, cela ne l'excuse pas ; toute forme de violence est destructrice.
      Bonne soirée et bonne semaine
      Bises du puy de dôme

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  5. Tous les intituteurs ne sont pas comme notre chère Célestine !

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    1. Malheureusement !
      Monsieur M "tranchait", par rapport aux institutrices ; nous ne faisions plus de gymnastique, que nous détestions. Nous faisions de la luge, le week-end, avec lui, des batailles de boules-de-neige, des "trucs de garçons".
      Hors milieu scolaire, monsieur M n'était pas désagréable. Je n'ai jamais compris, à l'époque ces accès de colère, qui étaient assez déroutant...

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  6. Non, on ne sait jamais ce qu'il peut y avoir derrière les visages qu'on croise, même si on les croise longtemps comme toi et cet instituteur.
    Et la femme a t-elle été condamnée ? Ça me fait penser au film sur Jacqueline Sauvage, que j'ai vu récemment, avec Muriel Robin.

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    1. La plupart des drames, se jouent silencieusement et ne sont pas forcément médiatisés après... Je ne suis même pas sûr qu'il y ait eu un entrefilet dans le journal local. Je ne sais pas ce qu'a été l'issue du procès ; je ne m'y suis pas intéressée.
      Quant à Jacqueline Sauvage, j'avais signé la pétition pour sa libération.

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  7. Wouaou ! C’est dur de lire tous ces témoignages, quand on est institutrice.
    Je dirai simplement que la violence envers les enfants était acceptée à une époque sans doute parce qu’elle était pratiquée aussi par les parents d’élèves...
    « Corriger » physiquement les enfants était une pratique éducative largement répandue et admise .
    Heureusement il y a maintenant des lois qui protègent les enfants de la main leste des adultes.
    Je n’ai jamais touché à un cheveu d’aucun élève tant il est vrai que recourir à la violence est pour moi le comble de l’incompétence...
    Merci à Chinou pour son petit commentaire rassurant
    Bisous Cher Didier
    •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

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    1. C'est vrai, tu as raison, les parents aussi, pouvaient être violents...
      D'où le fait de ne pas se plaindre chez soi des mauvais traitements subis à l'école... Je ne doute pas une seule seconde de ta non-violence. Je voulais juste raconter mon maître d'école, qui était une autre histoire, comme je te l'avais dit dans ma toute première lettre...
      Bises Puydômoises


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    2. Je sais bien que ce message ne parlait pas de moi. J'exprimais juste mon dépit, celui que j'ai éprouvé toute ma vie, chaque fois que j'ai entendu parler d'instituteurs violents...Mon hypersensibilité et mon empathie sont sans doute la cause de ce malaise.
      Bisous cher Didier
      •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

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  8. Le nombre de femmes qui décèdent sous les coups de leur compagnon est
    effarant ! je pense qu'elle a sauvé sa vie en état de légitime défense et
    que la police devrait mieux prendre en compte les plaintes déposées en main
    courante.

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    1. Oui, je crois que c'est ce qui a été plaidé ... une défense tout à fait légitime.

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