Il y avait un vieux monsieur, un peu bohème et un peu vagabond, qui n'avait jamais connu ni patrie ni patron... Il venait de n'importe où, allait aux quatre vents... Peintre, sculpteur à seize heures ; artiste à toutes les autres. Il vivait de petits boulots, de débrouille, dormait où il trouvait, au jour le jour. C’était sa philosophie. Je crois me souvenir qu’il avait rompu tout lien avec sa famille. Femme et enfant, y compris. Lorsque l'argent commençait à déserter ses poches, il venait chez mon employeur de l'époque, un ébéniste, mon premier patron. Il réalisait quasiment tous les travaux de restauration de vieux meubles de style, qu'il lui réservait exclusivement. Les travaux moins « importants », moins prestigieux étaient assurés par nous-même. J’ai eu mon lot de restauration de vieilleries en tous genres. Je devais m’y plier. J'apprenais… J’ai appris que je déteste ce genre de travail, et je me suis juré de ne plus y toucher de ma vie. J’ai tenu parole.
Moi, j’aime fabriquer du neuf avec du neuf ; c’est beaucoup plus « facile » ! Cependant, quand le moment s’y prêtait, je regardais ce vieux monsieur, son coup de main, sa technique, sa façon d'appréhender un ouvrage, ses explosions de colère envers ses mains qui ne voulaient pas lui obéir, son esprit qui me semblait très tourmenté, le bois qui résistait. Lorsque cela se produisait, il abandonnait son ouvrage, claquait la porte et ne réapparaissait que plusieurs jours plus tard. Apaisé. C’est parmi un de ces moments d'accalmie que je fus intrigué, et fasciné à la fois, par une de ses réalisations…
Il avait choisi son bois, avait veillé à ce qu’il remplisse des conditions optimales d'hygrométrie et de stabilité géométrique. En clair, un bois stable. Je ne le savais pas encore, mais l’essence avait une grande importance… Ensuite, il s’était confectionné un outil spécialement adapté. Un truc qui n'existe pas dans le commerce, même spécialisé, et il avait exécuter son art.
Je regardais d’un œil distrait et retenais sa façon de faire en me disant que j’aurai été bien incapable d’en faire autant.
Bien des années plus tard, je me suis essayé à l’exécution de cet ouvrage. Ce fut une catastrophe. J’avais en tête le processus, mais pas le procédé... Je ne disposais pas de la même essence de bois, et j’en compris toute l’importance… J’apprenais… Mon bout de bois, bien qu’il fut du chêne provenant de la forêt de Tronçais, malgré sa stabilité, ne convenait pas du tout.
J’avais pourtant pris la peine de me fabriquer le même outil qu’icelui, mais le problème était ailleurs… L’essence du bois et sa « position » dans la bille… Il m’aurait fallu du noyer, plus homogène, pris « sur quartier », au plus près du cœur de l’arbre. Aucune des deux conditions n'étaient remplies, mais fort de mon inexpérience, j’ai persévéré, dans mon erreur...
Ce fut plus compliqué que dans mes souvenirs, et l’opération cruciale, celle qui révèle la réussite des opérations, se révéla un désastre. Ma pièce termina sa vie dans le foyer de la cuisinière à bois de la ferme familiale. Fin de l’opération. J’abandonnais à jamais mes velléités artistiques.
Trente années sont passées avant qu’il ne me reprenne cette envie, ce besoin de réussir cet ouvrage. Je ne jouissais pas plus qu’avant des paramètres adéquats, mais, une idée nouvelle venait de faire son apparition. J’allais changer le modus operandi... Certes, c’est une sorte de « tricherie » envers la toute première version qui me subjugua, mais je serai le seul à savoir, et cela ne changerait rien à la difficulté, ni à la fonctionnalité de l’ouvrage.
Mon bois de prédilection est naturellement le frêne, et j’allais voir si ma nouvelle façon de faire porterait ses fruits…
La première action importante venait d'être réalisé.
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| Réalisation de la charnière |
Les autres allaient suivre.
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| refente en son centre |
Le moment de vérité, qui faisait suite à de nombreuses opérations délicates, se présenta. À l’aide de coins en bois, j’ai procédé à l’ouverture, comme un livre… Waouh ! Pas de casse, m’exclamais-je ! Tout doucement, la magie opéra.
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| ouverture du « livre » |
Après maints ajustements, le mécanisme fonctionna. Il ne restait plus qu’à le façonner pour lui donner un peu d’allure.
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| ouverture réussie |
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| prêt à être faconné |
L'œil d’un professionnel reconnaîtrait immédiatement l’astuce que j’ai utilisée. Mais avec cette essence de bois que j’affectionne, même le vieux monsieur n’y serait pas arrivé. Le frêne n’est pas assez homogène, trop de différence entre les couches de bois formées l’hiver et celles d’été.
Le tout premier est une pièce d’essai que je trouve un peu sobre, mais qui ne m’a pas empêché d’en faire la copie presque conforme, comme un jumeau pas complètement identique… Ces deux pièces renferment à l’intérieur tout l’amour que j’y ai mis.
| Lutrin jumeau |
Le troisième, j’y ai ajouté quelques fioritures, pour enjoliver, pour différencier. Je regrette presque la sobriété des précédents. Pour me consoler, je me dis qu’une modification est toujours possible…
Même s'il y a peu de chance que je n'y retouche. Quoique...
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| quelques fioritures ! |
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| prêt à être utilisé |








Chapeau bas l'artiste, c'est super beau mon père adorait travailler le bois et j aimais l odeur qui émanait de ses diverses essences de bois j adorais trainailler dans son atelier. Ce n'était qu'un amateur et ne réalisait pas de choses aussi complexes que toi mais il y mettais du coeur. Tu vois finalement d'avoir observé ce vieil artiste t a été utile. encore bravo.
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