Il est des événements malencontreux, inopinés et toujours désagréables, plus ou moins graves, qui parfois se suivent sans interruption, sans nous laisser de répit. Leur itérativité est assez exaspérante, à tel point que l’on finit par se demander si l’on n’ a pas la poisse. Ce truc collant dont on ne peut se dépêtrer. Une sorte de spirale infernale qui nous entraîne vers toujours plus de désagréments.
Certaines personnes, sans le savoir, en sont « porteurs », comme on est porteur d’un virus, et attirent à eux les ennuis, à la manière de François Perrin dans ce fameux film de Francis Veber : La chèvre. D'autres l’attribuent plutôt à une mauvaise suite de concours de circonstance. Toutefois, même pour un esprit rationnel, cela pose question… Une seule solution : résoudre les problèmes, surmonter les difficultés, une à une, afin de ne pas laisser s’installer cette maudite spirale. Moi-même, il y a quelques temps déjà, j’ai eu mon lot de « poisse » ...
Il y avait une bande de copains, de ces jeunes qui peuplaient mon enfance. J’écoutais leurs histoires racontées, sans vraiment y comprendre goutte. Pierrot, Bernard, Jojo, Martine, Nicole, Denis et Jean-Luc sont des prénoms qui résonnent encore à mes oreilles. Mes Sœurs aînées faisaient partie de cette même troupe… Ils parlaient de leurs sorties du samedi soir, des bals environnants, des fêtes pas trop nulles… Leurs « exploits » automobiles ou professionnels étaient aussi des sujets largement commentés.
Untel avait raté un virage en rentrant du bal ; la voiture était fichue. Tel autre avait fait plusieurs tonneaux ; même résultat. Bernard, au volant de sa Simca 1000, avait « sauté » le pont de Léry ; des bleus, des bosses, des voitures réduites à l’état d’épaves. Par chance, jamais de grosses blessures. Bien des mésaventures sans liens entre elles. Apparemment…
Le ciel s’était assombri au point qu’il donnait l’impression qu’il allait nous tomber sur la tête. Il faisait presque nuit en plein jour, l’orage approchait à grand coup de tonnerre et d’éclairs mêlés. La foudre s’en donnait à cœur joie ; les hauts-plateaux du Cantal, à l’instar de ceux de la Haute-Loire, sont les départements les plus foudroyés de France (clic). Cela ne présageait rien de bon ; le ciel allait se déchaîner. Nos bêtes étaient à l’abri, dans l’étable, les chiens des fermes s’étaient réfugiés dans quelques endroits improbables. Seuls quelques hommes, retardataires ou inconscients bravaient les éléments… Denis, Jean-Luc et Bernard venaient juste de déposer mes sœurs, qu’ils repartaient aussitôt raccompagner Pierrot, qui habitait à deux nuages de l’orage… Le retour ne se passa pas comme prévu. Au bas de la descente, dite de « la crouzette », il n’y eut pas d'exceptions à la règle… Le cocktail, comme l’orage, fut détonnant. Le gravier, les lacets, virent s’envoler la 404 dans l’air du soir…
Je ne connais cette histoire uniquement parce que je l’ai maintes fois entendue. Cependant, je me souviens parfaitement du branle-bas de combat qui s'ensuivit, à la ferme, et du bras ensanglanté de Denis, qui avait voulu récupérer une babiolerie, et s’était entaillé avec le verre brisé. Il n’est pas exagéré de dire que cette bande de copains avait quand même de la chance dans leurs malheurs. Il n’y avait jamais de graves blessures. Bizarrement, cet accident fut celui de trop, et après celui-ci, à ma connaissance, il n’y en eut plus. Les apprentis pilotes s’étaient très probablement assagis, sans qu’ils ne l’eussent admis. Plus « rationnellement », un bouc émissaire fut trouvé… Un truc identifié comme porteur de poisse, un vêtement, plus précisément une casquette bariolée, qui, à chaque fois, était sur la tête d’un conducteur ou de ses passagers. Je crois me souvenir que ma sœur N….. la portait lorsqu'elle chuta de mobylette, quelques semaines plus tôt. Bref, le cerveau humain a besoin de réponse, et celle-ci se présentait comme une évidence… Je revois parfaitement ma sœur E….., le jour même, se saisir de cette maudite babiolerie, et la faire disparaître dans les flammes de la cuisinière à bois, en prenant soin de n’y toucher que du bout du pique-feu.
Ce n’est pas que l’on soit superstitieux par chez nous, mais il y a des limites. Un doute ; il n’y eut plus d’accident. La faute à la poisse…
Foutue casquette bariolée... !! Face aux événements malheureux, les êtres humains cherchent des explications, même irrationnelles, afin de reprendre un sentiment de contrôle sur le hasard. Ici aussi, combien de fois ai-je entendu ces histoires de bagnoles retournées, de pères furax en voyant arriver la tôle cabossée mais heureusement les fils en bon état. Car souvent, souvent... ce sont les mecs qui font ce genre de conneries.. En tous cas ici. Après, bien entendu, je ne tire aucune conclusion hâtive... aucune.. ;-) Bises alpines.
RépondreSupprimerTu as tout à fait raison ; ce sont les gars qui sont plus sujet aux "cascades"; avec ou sans casquettes, fussent-elles bariolées. Je n'ai jamais entendu ce genre d'histoire au féminin.
SupprimerBises puydômoises
S'il suffit de se débarrasser de cette casquette pour mettre fin â toutes ces mésaventures, voilà une bonne initiative et il est vrai que parfois nous avons l'impression que le sors s'acharne sur nous.
RépondreSupprimerAujourd'hui nous avons aussi nos périodes de crottes, mais parfois, je pense que l'oisiveté de nos jeunes générations les amène a chercher les problèmes, mais cela n'engage que moi bien sur............
Bises
Cette foutue casquette bariolée devait sûrement attirer à elle des mauvaises ondes ; les ennuis, avec, étaient récurrents... Quant aux jeunes générations, ils n'ont probablement pas de casquette bariolée à incriminer !
SupprimerBises Auvergnates
La poisse : on a le choix entre porter la poisse ou être victime malchanceuse… ou les deux !
RépondreSupprimerQuoi qu'il en soit ça reste toujours cette matière collante dont on est porteur ou victime. C'est selon.
Mais peut-être qu'il s'agit d'excès de boisson au degré d'alcool trop poisseux, le soir au fond des bois et que la tôle n'aime pas au point de se froisser… ?
Mais le plus important est de trouver un coupable. Tant que ce sera un objet de projection, et qu'il n'y a pas mort d'homme… ça ira…
Les sorties du samedi soir et les verres de marquisette empoissaient le cerveau, bien davantage que la malchance... Il n’était pas impossible que le lendemain quelques relents d'alcool ne persistent encore. Avec cette impression bien réelle que la casquette bariolée fut aussi "plombée" ;-)
SupprimerHeureusement, il n'y eut jamais de blessés graves, pas plus que de tiers impliqués.
Le mot poisse me fait penser à "mélasse", une chose collante et molle... J'aime ce style de souvenirs racontés. Ils marquent une époque : celle des bals de campagne, la Simca 1000 et la 404. Denis s'est-il entaillé le bras afin de récupérer la fichue casquette ? Ça en aurait rajouté à son effet maléfique... La disparition de cette poisse est peut-être due à la raison que le groupe a acquis avec les années...
RépondreSupprimerC'est exactement cela, la poisse est une colle pour revêtement de sol. Pour en avoir utilisé, dans le cadre de mont travail, je confirme... Ça colle, et il ne faut surtout pas s'en mettre sur les doigts, ni à côté du support : impossible de s'en débarrasser.
SupprimerDenis s'est effectivement blessé en récupérant cette maudite casquette, en passant son bras au travers de la lunette arrière.
La bande de copains, surtout les garçons, se sont assagis par la force des choses. Les voitures cassées, ont eu raison des porte-monnaies...
Je me souviens que Denis, la même semaine, avait cassé deux voitures ; la sienne (une 304) et celle de son père (la 404). Je revois encore son père, qui est aussi mon oncle, venu pour le récupérer, s'exclamer : " Mon pauvre Denis, tu les feras toutes" !
La poisse prend des allures différentes suivant les familles, les individus, et les fréquences. Je suis d'accord avec toi et ton texte est un exemple. Bonne fin de semaine.
RépondreSupprimerJ'ai oublié de mettre mon nom et le lien vers mon blog dans le commentaire ci-dessus.
RépondreSupprimerTu as tout à fait raison, la poisse a plusieurs visages selon à qui elle a affaire. Elle a aussi plusieurs niveaux de désagréments. Quand on commence à l'évoquer, c'est qu'elle est déjà là !
SupprimerBonne semaine
J'ai raté ce billet , quelle poisse ! J'arrive bonne dernière.
RépondreSupprimerGénial le coup de la casquette porte-guigne.
Intéressant ton lien vers les fous d'orages.
Bref j'ai aimé.
Et j'espère que tu vas bien...
•.¸¸.•*`*•.¸¸☆
La poisse aurait été que je ne visse pas ton commentaire !
SupprimerIl m'est arrivé, dans ma jeunesse, d'observer la foudre tomber à quelques dizaines de mètres de ma personne, bien à l'abri. J'en garde un souvenir encore très présent, vivant. La peur, le cœur qui s'emballa, les jambes en coton, et un froid dans le dos incommensurable (de lapin) ta ta tin -:)