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dimanche 10 mars 2019

Ernestine





Ce n’était pas un petit jardin qui aurait senti le métropolitain, non ! C’était un vieux  moulin en ruine. Alimenté, jadis par un réal, aujourd'hui disparu. 
De mémoire d’homme, personne ne l’avait vu fonctionner. Qu’importe ! C’était un de nos terrains de jeux préférés. 
Avec mes petites jambes d’enfant, il me paraissait être au bout du monde. Inaccessible, oublié. Nous y avions notre cabane secrète ; beaucoup moins, quand un adulte venait  nous y déloger…
Mon voisin, Bertrand, y allait pour échapper aux travaux forcés à perpète-tué (au travail)… Chez lui, la devise était : « Moi premier, les autres après », « marche ou crève ». Alors, l’espace de quelques demi-journées, nous y étions les rois du monde. Tour à tour, gendarmes et voleurs, cow-boys et indiens, Robin des bois ou Thierry la fronde. Notre panoplie de héros n’était pas exhaustive. 
Nous y faisions du feu, cuire des « marrons » à l’automne. Nous y avons fumé nos premières « clopes », dérobées ici ou là... Des cigares, tout aussi volés, des bétises que j'ai oubliés.
Nous pratiquions déjà le recyclage. En charge pour tout le monde de récupérer tous les mégots, que nous dépiautions pour fumer le « calumet de la paix ». 
Mon frère l’avait confectionné dans une branche de pin, pour ce qui est du fourneau et d'une petite branche de sureau, pour ce qui était du tuyau.
A l'occasion, un tube de stylo à bille pouvait faire office de tuyau de dépannage...
Il fallait être sacrément culotté pour fumer cette pipe en pin...
Nous lui avions donné un nom de code, elle s’appelait Ernestine...
C’était infect… Ça puait, ça fumait noir, ça brûlait les yeux et plein d’autres « joyeusetés » tout aussi désagréables...
J’avais cinq ans et je n’ai plus jamais touché au tabac.

Ce qui en soi, n'est pas une mauvaise chose...





22 commentaires:

  1. Que celui qui n'a jamais fumé en cachette te jette la première pierre .Nous sommes nombreux à avoir testé le sureau et cela nous a peut-être permis de ne pas tomber dans des nuages plus nocifs. C'est agréable de revivre de tels souvenirs. En as-tu d'autres en réserve sous ta plume.?

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    1. J'en ai de moins racontables, de ceux que l'on oublie. Comme faire pipi dans la bouteille d'encre, à l'école, puisque nous écrivions à l'encre et au port-plume (je suivais les grands). Ou bien enfoncer des pommes de terre dans le tuyau d'échappement de la voiture de l'inspecteur d'académie qui venait "inspecter" notre jeune institutrice, le soir, après la classe... Et aussi aller manger toutes les fraises du jardin de mon grand-oncle. bref, des bêtises...

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  2. 5 ans ... Souvenirs vivaces! C'est tout de même très très jeune pour ce genre d'expérience interdite ! Mais du coup c'est sûrement ce qui t'a sauvé du tabac ... Car si on commence à l'adolescence...

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    1. C'est probablement le fait aussi, de ne pas avoir eu une vraie pipe et du vrai tabac parfumé qui nous a, pour la plupart, préservé de fumer pour de vrai. Au service militaire, j'ai "juste" appris à picoler ;)

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  3. C'est même une très bonne chose.... et je sais de quoi je parle! :-)

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    1. Donc, tu fumes ! Ben oui, je t'ai vu sur la photo de ton billet "une idée en tête". Il t'aurait fallu tester "Ernestine", alors que les patches n’existaient peut-être pas encore, nous étions précurseurs.

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  4. Et la cerise sur le gâteau dans tout ça... c'est qu'avec ces infections on n'attrapait rien, pas même la crève!
    Moi je ramassais des chewing gums par terre, les nettoyais de la terre et des caillous en crachant dessus, et les mastiquais avec ravissement, ni vue ni connue, car ma mère me les interdisait, alors... sur le chemin de l'école ou de la messe, chew chew chew. J'ai ainsi sauvé bien des miasmes de l'ennui au sol...
    Mais j'aurais bien fumé l'Ernestine aussi, et toussé après...

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    1. Nous aussi, après avoir fumé, nous mastiquions sec ; pour essayer d'en masquer l'odeur... Et, remonter de cette vallée profonde, nous faisait éliminer notre "crapautage".

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  5. Sacré Ernestine !
    Cinq ans ! Sur ce coup là je suis battu… je pense que j'avais sept ans quand j'ai fumé en solitaire les premiers mégots de mon père (qui roulait ses cigarettes…). Je trouvais cela assez dégoûtant. Mais il paraît que c'est comme cela que l'on devient un homme !… Enfin c'est l'idée que je m'en faisais à l'époque…
    Finalement je n'ai jamais été qu'un fumeur occasionnel jusqu'à l'âge de 20 ans environ… après plus rien !

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    1. Il suffit juste que nous évoquions ce prénom, avec mon voisin Bertrand et les souvenirs reviennent instantanément. Je devais ruser, pour ne pas entraîner ma petite sœur, qui me suivait partout ; quatre ans, c'est vraiment trop jeune :)
      A vingt ans, je donnais les "fameuses" Gauloises que l'armée Française distribuait allègrement à tous les appelés sous les drapeaux. Je n'en avais aucune envie ; j'étais vacciné.

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  6. Plutôt précoce comme gamin ! (sourire)
    Ernestine, j'adore ! :-)
    Merci pour ce joli souvenir, Xoulec.
    Moi, j'étais une petite fille très sage, trop sage, j'aurais aimé savoir faire des bêtises telles que les tiennes ! ;-)

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    1. Nous faisions des bêtises, mais je me souviens aussi que nous étions "responsables". Ainsi, nous fumions, quand l'hiver était là, dans la grange du même Bertrand, tout en haut des bottes de foin, que nous aménagions pour en faire une sorte de château-fort et surtout pour se préserver des adultes (il avait beaucoup de sœurs et moi aussi). Nous prenions soin de toujours amener avec nous une boite de conserve pleine d'eau ; avec le recul, piètre extincteur ! Quand il nous arrive d'évoquer cet épisode, on se dit que la grange aurait pu brûler cent fois. D'ailleurs, une fois, la boite n'a pas suffi. La grange n'a pas brûlé ; nous avons tous fait pipi à tour de rôle(même ceux qui n'avait pas envie), pour ne pas manquer la cible par des jets croisés et avons veillé longtemps un éventuel départ de feu. Bref, des bêtises dont on rit maintenant. La seule fille n'était pas en reste, sauf pour...le pipi.

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    2. (sourire) Merci pour cette anecdote très rigolote ! :-)
      Dommage que les gamins d'aujourd'hui ne connaissent plus ce genre de bêtises, pas bien méchantes, même si elles étaient parfois un peu dangereuses...
      Belle journée à toi, Xoulec.

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    3. merci Françoise
      moi aussi, je te souhaite une belle journée.

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  7. Je me souviens des petits morceaux de sureau, c'est certainement mon frère qui nous avait initiés.
    Je n'ai jamais fumé pour une raison très simple, je m'envoyais directement la fumée dans l'oeil...

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    1. Finalement, ne pas fumer tient à peu de chose...

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  8. J'avais écrit un billet sur ces lieux secrets d'autrefois...
    Tu me l'as rappelé. Bon bien sûr, j'étais une petite fille sage (enfin, en apparence) et je ne fumais pas.
    Mais les jeux interdits ont toujours eu ma préférence...
    Chouette évocation, Didier, j'aime beaucoup.
    Et je ne peux m'empêcher, à chaque fois, de mesurer tes progrès en écriture, au risque que tu prennes le melon... ;-)
    Bisous nostalgiques
    •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

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    1. Merci pour le lien...!
      Nous avions d'autres lieux secrets, mais celui-ci avait un petit "plus" qui nous le faisait apprécier davantage et que je ne saurais définir.
      Notre campagne était un immense terrain de jeu, la seule obligation que nous avions, était de rentrer avant la nuit.
      Pour ce qui est des jeux interdits, les garçons sont moins précoces... Et puis, il y avait moins de filles ;)
      Aucun risque que je prenne le melon, même de Cavaillon ! Et puis, je n'ai pas une tête à chapeau, même si j'ai les bottes de cuir...
      Merci Célestine, pour tous tes encouragements, toutes ces petites phrases anodines qui font du bien à entendre, enfin, à lire.

      Bises du soir

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  9. alors comme ça, tu t'es drogué à cinq ans ? Ben bravo ! tu aurais pu
    foutre le feu à la grange, comme un pote à moi du 19ème siècle... Ce
    serait bien que tu racontes les autres bêtises de ton enfance, ça nous
    ferait marrer... Je pense aussi que tu écris très bien. Raconte ce que tu veux, l'essentiel c'est d'écrire et tu le fais très bien.

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    1. Merci Éliane ! Pour l'écriture...
      Toutes les bêtises ne sont pas forcément racontables ou drôles... Et je ne me souviens pas de toutes. Chez moi, ces petites bêtises, presque anodines, s'appellent des "débougines" et celui qui les commet un "bouginaïre". Je ne suis pas sûr du tout de l’orthographe, vu que je ne sais pas écrire le patois.
      Quant à la grange, heureusement qu'elle est toujours là... Sans quoi, je n'ose imaginer ce qu'il serait advenu de notre petite équipe ; après la "correction" dont nous aurions hérité...

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  10. Pin et sureau, il faut bien avouer que ça semble plutôt infect.
    Mais tu racontes bien, on sourit de tes bêtises...
    Et moi je souris encore plus car au même âge j'avais une copine qui s'appelait vraiment Ernestine. Si elle avait su ! ;)

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    1. Je confirme, pin et sureau, même bio, c'est infect. Le souvenir est loin, mais je crois que le goût du tabac était totalement éclipsé.
      Le nom d'Ernestine s'est imposé, je dirais presque naturellement. Probablement parce que nous n'en connaissions aucune.
      Je ne suis pas sûr qu'un autre nom aurait mieux convenu...
      J'ai eu beaucoup de plaisir à raconter mes bêtises...:)

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