Tel que vous me voyez-là, je dois avoir deux ou trois ans, peut-être quatre. D'après les « archives » familiales, j'aurais deux ans. Cela m'étonne, car je me souviens parfaitement de ce moment-là. Mes sœurs me cherchaient partout, pour m'immortaliser sur papier, je ne répondais pas, tout occupé que j'étais, à faire une « débougine ». Je ne voulais pas être découvert, aussi, j'ai répondu à l'appel des sirènes... Je suis sorti de la grange, et la photo fut prise, presque sur le lieu du crime...
Pour rendre mon récit plus compréhensible, il faudrait que j'explique ce qu'est une débougine. C'est une sorte de bêtise que l'on fait délibérément. Une bêtise d'enfant, sans grande gravité, ni conséquence. Une blague, une farce.
C'est justement le fait de répondre qui a engendré ladite débougine. Après la photo, je n'ai pu revenir à ma besogne...
L'instant d'avant, j'étais au volant de la traction familiale, debout sur le siège, à faire des vroum vroum ponctués de quelques autres vrombissements, imitant le bruit du moteur. Je venais juste d'allumer les phares et clignotants ; je ne les ai jamais éteints. La batterie six volts s'en est chargé elle-même, si on peut dire... Bien des années plus tard, j'ai réalisé que mon père devait forcément passer derrière moi, sans rien dire, sans faire d'esclandre, pour remettre les choses en place. La ferme familiale offrait un terrain de jeu formidable, propice, justement aux débougines. Je crois que l'on pouvait dire que j'étais un petit «bouginaïre», celui qui fait des débougines. Pour celle-ci, tel fut pris qui croyait prendre. Pour se rendre au marché aux veaux du mardi suivant, dans la petite ville voisine, la traction démarra au quart de tour, et c'est moi qui fus tout ébaubi, de la pointe !

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