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vendredi 11 décembre 2020

A vélo sous les étoiles

 

La journée avait commencé sous les meilleurs auspices, sans pour cela habiter Beaune. Nous avions une quarantaine de réservations et l’auberge dans laquelle nous officiions, commençait à bien tourner. Faut dire que la spécialité de la maison ravissait les papilles et rassasiait les plus gourmands. Nous faisions même des envieux.

Personne ou presque ne prêta attention à la fille qui venait de s’installer au bar. Elle se pausa comme un nuage, sans ombre, demanda un verre d’eau et la possibilité de remplir sa gourde. Nous avions affaire à une randonneuse à vélo. Une fille courageuse ou un peu folle, car il fallait certainement une certaine dose des deux pour propulser un vélo, bardé de sacoches, sacs à dos et matériels de camping sur les routes du Cantal, par un soleil de plomb. Elle voyageait seule, dormait où elle trouvait et ne craignait que les chiens des fermes, dans la traversée des villages.


Cyclisme, Pavot, Loisirs, Vélo
*

C’était un dimanche ordinaire pour notre association de bienfaiteurs. Le service était terminé, la recette avait été bonne, et nous partagions les derniers verres de l’amitié, agrémentés de tartes aux pommes. Par politesse, elle refusa la part que nous lui proposâmes. Puis, devant notre insistance, elle en accepta même une deuxième. La glace était brisée, et elle confia, à mots couverts, qu’elle n’avait rien mangé depuis deux jours. Son budget très serré, ne lui autorisait aucun écart.  À ces mots, madame V……, la cuisinière, ne resta pas insensible à ce petit bout de femme, et lui prépara illico un repas. Certes fait de reste, mais tout à fait honnête. Repas qu’elle refusa en invoquant le fait qu’elle n’avait pas de quoi régler l’addition.

       Mais qui parle d’argent ? Nous nous exclamâmes !

Revigorée, elle reprit son vélo pour rejoindre le camping de R….., où elle avait un rendez-vous/étape. N’allez pas croire que nous nous sommes comportés comme des goujats, nous lui avons proposée de la véhiculer. Elle refusa catégoriquement. Quelques semaines plus tard, alors qu’elle avait regagné sa cité universitaire, une carte postale arriva tout aussi discrètement qu’elle. Ma mémoire défaille un peu, cependant, les mots m’ont accroché. Et même si le verbatim n’est pas fiable à  cent pour-cent, il l’est à au moins quatre-vingt-dix-neuf.

« Pédaler sous les étoiles n’a jamais été aussi agréable, surtout avec le ventre plein et le cœur réchauffé à la manière d’un feu de joie. Un grand merci pour votre hospitalité, votre générosité, (ce n’est pas comme ça que vous allez devenir riche…). C’est la première fois que je fais un aussi bon repas en commençant par le dessert. »

C’est dingue, mais parmi la quarantaine de personnes que nous avons croisées, ce jour-là, seule cette fille a su graver nos mémoires de son empreinte.

 * : Photo du net

samedi 14 novembre 2020

Secret de fabrication

 

Je crois l’avoir déjà dit, dans un billet, ou un commentaire, j’aime les secrets. J’aime aussi les partager ; comme celui que j’ai intégré dans ma bibliothèque, ou bien le secret de mon pseudonyme. Je n’ai pas pour habitude de révéler ceux qui me sont confiés. Dans ce domaine, je suis une tombe ! Je ne divulguerai pas non plus certains secrets inhérents à mon métier ; ceux que l’on m’a transmis, ceux que j’ai découverts, qui ne sont, en fait, que des petites astuces mises au point par la pratique. Trop souvent, j’ai vu d’autres personnes se les approprier sans vergogne, sans respect. Ces secrets-là, ne doivent être donnés qu’à des personnes de confiance, qui le méritent. Le secret que je vais confier dans ces lignes, sans en être un de polichinelle, n’en est pas vraiment un.

J’ai une façon particulière d’écrire ; je ne sais pas m’assoir à mon bureau, dans ce seul but. Bien sûr, il m’arrive de griffonner quelques lignes quand la maison est encore endormie, ou encore le soir, quand les tumultes de la vie sont en veilleuse, mais l’endroit où j’écris la presque quasi-totalité de mes billets, ce même endroit où j’ai écrit des commentaires qui ont fait dire à la personne à qui ils s’adressaient « mais, ce commentaire est un billet à lui tout seul !» Eh bien, cet endroit fait face au royaume des orchidées, la colline de Mirabel… la belle vue, mon souffle d’inspiration Xoulecienne.


 

colline de Mirabel (clic)

 

Voilà, c’est dit, j’écris sur mon lieu de travail. N’allez pas penser que je ne travaille pas. Quoique ? J’ai toujours sur moi de quoi écrire, et je consigne seulement quand les idées sont trop nombreuses. Une façon pour l’esprit de s’évader, quand des tâches ingrates rendent le corps prisonnier. Quand vient la pause déjeuner, je réorchestre mes notes disparates en ordre de lecture, dont je ne mesure pas toujours la portée. Parfois, je suis assez fier de moi, parfois moins.

 


vendredi 6 novembre 2020

Faille spatio-temporelle

 

Je ne suis pas comme Marty mac Fly, je n’ai pas effectué de retour vers le futur, ni dans le passé, d’ailleurs ! Non, l’autre jour, je suis tombé dans une faille spatio-temporelle. Tu débloques, Xoulec, me direz-vous ! Eh bien, pas du tout. Les failles spatio-temporelles existent, je peux le certifier. C’est la seule explication plausible que j’ai trouvée. Alors que j’étais au volant, sur la route du travail, tout d’un coup, je me suis retrouvé sur une route que je ne connaissais pas du tout. Visiblement, ça n’était pas ma route habituelle. Après un petit moment d’effroi, j’ai tenté d’analyser la situation.

La  date et l’heure n’avaient pas changé, j’écoutais toujours la même station de radio, au loin, le Puy de dôme et sa forme caractéristique était sensiblement à la même place. J’étais donc dans la même bonne direction, mais j’étais perdu ; n’ayant aucun souvenir du comment j’étais arrivé là. J’ai envisagé un instant de faire demi-tour, mais je n’étais plus très sûr de retrouver ma fêlure du temps, j’ai donc continué. 

Mon nouveau présent s’était parfaitement raccordé à mon passé déjà décomposé. Je tiens à vous rassurer, une chute dans ce genre de faille est totalement indolore, pour un peu, on ne s’en apercevrait même pas, c’est juste un peu déroutant. Toutefois, une chose me rassure ; dans cet abîme temporel, je n’ai vu aucune des chaussettes orphelines dont parle Célestine… Cela prouve peut-être qu’en fin de compte, je n’ai été qu’un peu dans la lune. Et ça change tout.