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dimanche 8 décembre 2019

Terre





 




J’ai toujours aimé les labours, cette opération qui consiste à retourner la terre, pour enfouir les restes de culture, les herbes fanées. 
Une façon de faire table-rase de l’année écoulée, de préparer les plantations futures. J’admirais mon père, au volant de notre vieux tracteur. 
C’était un labour à l’ancienne, sillon par sillon, le plus droit possible, avec pour seul GPS, son expérience. 
La terre ne se laisse pas griffer facilement. Pour qu’elle s’offre, il faut lui caresser ses monts, ces merveilles ; épouser ses courbes, humer sa moiteur, la respecter, l’aimer. 
Redresser les courbes, aligner les droites, ajuster la profondeur en permanence n’est pas si facile. Chaque mètre parcouru est différent du précédent. Il faut savoir s’adapter. J’ai appris sur le tas, en regardant faire, en faisant moi-même. 


Mon jardin



Après quelques heures de ce dur labeur, je me suis pausé, en bas de mon jardin, j’ai contemplé les sillons, identiques et réguliers, humer le parfum subtil que la terre offre au laboureur, et qui me ramène directement à l’enfance. Le matériel que j’utilise n’est plus le même, mais l’éclat du versoir n’a pas changé ; un poli-mat obtenu par le frottement intime de la terre contre l’acier, à faire pâlir un polisseur du bassin Thiernois.



Mon frère, avant que je ne prenne la relève


La terre ne ment pas. Elle rend ce qu’on lui donne, et donne ce qu’on lui offre ; un cercle vertueux. 
C’est un peu comme l’écriture. On sème des mots, on récolte des commentaires ou de l’émotion, ou les deux.


18 commentaires:

  1. Bonjour Xoulec. Tu parles de la terre comme si tu parlais d'une femme. Leur point commun étant que si elles se sentent aimées, respectées, bien traitées, elles donnent l'une comme l'autre le meilleur d'elles même. Aujourd'hui tu as semé des mots qui font remonter en moi mes racines paysannes dont je suis si fière et l'émotion qu'ils suscitent est bien réelle. Si je n'aime pas trop la couleur de la terre écrasée par la lame, j'en aime en revanche l'odeur et sa "fluidité" lorsque qu'elle coule à travers la main toute noueuse de celui qui l'a travaillée. Bonne semaine. Chinou

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    1. Il en est de même pour les deux représentants du genre humain. Quand ils sont aimés, respectés, ils donnent le meilleur. J'en suis convaincu.
      Les racines paysannes sont des racines saines, ou un certain bon sens en émane. Nous avons raison, d'en être fier(e)
      Le travail de la terre à la main, faisait dire à mon fils "Papa, tu as les mains grattantes" ;)

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  2. J'ai pensé comme Chinou avant de lire son commentaire, c'est une belle histoire d'amour !

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    1. Une histoire d'amour avec la terre, sans blessures ni griffures et qui fini jamais mal ♫♫♫

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  3. J'adore ta comparaison avec l'écriture... C'est tout à fait ça.

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    1. Exactement, semer des mots, faire germer des idées, se cultiver, récolter. ;)

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  4. C'est dire si ce billet me parle. J'ai un rapport sensuel à la Terre. Un rapport d'amour et de fusion, et j'aime depuis toujours les champs de blé, les labours, l'odeur de la terre fraîchement retournée, les vignes, les vergers, les oliveraies, les prairies odorantes et bruissant de mille vies, et ce calme tranquille de la campagne le matin, au lever du jour, quand la promesse de l'aube vibre dans l'air.
    Tu as raison, l'écriture, c'est semer des graines et prendre soin du champ des possibles.
    Bisous mon ami poète
    •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

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    1. Les champs de blé ? J'avais écrit un commentaire chez toi... Un truc dont je n'étais pas peu fier !
      Quand on est, comme moi, fils de paysans, on est paysan.
      C'est une façon d'être...

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  5. Je trouve aussi que c'est une belle déclaration d'amour à cette terre qui comme tu le dis donne et sait recevoir. Donne souvent beaucoup plus qu'elle ne reçoit. Cette mère nourricière que nous ne savons pas aimer et respecter. J'aime comme tu parles d'elle et de cet entretient que le cultivateur, saison aprés saison s'emploie à rendre belle. J'aime aussi cette allusion à l'enfance que les labours évoquent en toi, pareille à la mienne, quand creuser profond et tracer droit ne faisaient qu'un sous le soc de la charrue tirée par les vaches, la Jacade et la Jolie ou la Charmante et la Blonde et puis par le vieux pony qui les a remplacées. Toute mon enfance aussi qui défile ici bas. Merci pour ce bel hommage à tes racines.

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    1. Je suis assez fier de mes racines, même si je n'y suis pas pour grand chose.
      Je me souviens à peine de nos bœufs. Bourgeois et joli était leurs noms. Ils furent remplacés par le tracteur, le même que dans mon billet vendeuvre (un modèle français).
      J'aime que tu aies utilisé le mot "cultivateur". Sur tous les papiers administratifs, c'était la profession de mes parents.

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  6. C'est trop beau... Quel plaisir que ce billet amoureux de la terre, avec une sensualité saine, la sueur du labeur et la gloir de la chose bien accomplie... Merci!

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    1. Merci, je suis touché ! Travailler la terre est un métier ingrat ; on passe souvent pour un "bouseux" et les téléréalités n'arrangent rien à l'affaire...
      Il y a quelque chose de vrai, dans ce travail-là.

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  7. Une superbe dèclaration d'amour...

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    1. Merci ! Amoureux de la terre, du travail de cultivateur, avec quelques métaphores purement terrestres...

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  8. Lorsque j'étais gamine, mais tu dois le savoir, il me semble en avoir parlé sur un billet, bon je le redis. Lorsque j'étais gamine, je passais le mois de juillet avec mes parents dans ma petite maison bleue, et le mois d'août chez mon oncle et ma tante qui avaient une ferme dans le même village, ils avaient neuf enfants, j'avais donc neuf cousins d'un coup ! Il n'y avait pas toutes ces machines actuelles, le travail à la ferme était dur. Et moi, du haut de mes 10-11 ans, j'adorais les aider. Mes cousins, même les plus jeunes, aidaient leurs parents à la fenaison, à la moisson. J'ai une douce nostalgie en y repensant. Ma tante me disait que j'épouserai sûrement plus tard un fermier, je me sentais tellement bien avec eux. Cela ne s'est pas réalisé, mais j'ai tout de même épousé un gars de la Haute-Loire, moi qui vivais en ville (à Lyon) à cette époque.
    Enfin bref, ton billet me parle et me touche, et je t'en remercie, Xoulec. :-)
    Belle fin de soirée à toi. Bises de ma campagne. :-)

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    1. Maintenant que tu le dis, il me semble l'avoir lu, chez toi. Malheureusement, je ne me souviens pas de tout ce que je lis.
      Je te pris de m'en excuser.
      De pré ou de loin, nous sommes tous, enfin, pour la plupart, issues de racines paysannes.
      Bon, un gars de la Haute-Loire, c'est pas si mal, non plus... :)
      Bonne fin de semaine
      Bises Puydômoises

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  9. C'est un bon souvenir que tu partages avec nous, celui de ton père laboureur. Mais s'il labourait, il semait ensuite et surtout récoltait, comme une histoire qui se répète, immuable. Et comme tu le dis si bien, la terre nous redonne tant. Et maintenant c'est toi qui laboures aussi. Bises alpines.

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    1. Je ne saurai faire le jardin sans labourer à l'automne. Pour moi, c'est inconcevable.
      Il en est de même pour mon frère (celui de la photo) comme pour ma sœur N.
      Bises Puydômoises

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