présentation

vendredi 5 avril 2019

Chagrin d'amour




Annick beauchamps, photo du net













 

Quel était donc ce mal qui me perturbait, alors que je n’étais qu’un enfant ?  Je n’avais pas senti la maladie s’installer. Ce fut lorsque la guérison se présenta que je souffris…
Après maintes réflexions, je devais me rendre à l’évidence, j’étais amoureux de ma maîtresse d’école… Elle partit pour faire un autre remplacement et me laissa triste comme un menhir. 
Mes vaccins étaient à jour, j’avais eu toutes les maladies infantiles et même la coqueluche des filles… Je croyais bêtement qu’il n’y avait que les filles qui l’attrapassent ! C’était donc cela, cette maladie d’amour qui faisait chanter les hommes et pleurer les femmes ! Dans mon cas,  c’était le contraire ; je pleurais… Je ne me souviens pas combien de temps dura ma convalescence ? Probablement guère plus longue que l’été de la saint Martin, trois jours et un brin. 
J’avais dix ans et je venais de  perdre une partie de moi, en grandissant prématurément. Je me souviens parfaitement de son nom, pour son visage, j’ai un moyen mémo technique... Josiane T…….t était belle comme une speakerine, comme une animatrice de jeu télévisé… Elle ressemblait trait pour trait à Annick Beauchamps. Elle avait les mêmes pommettes qui me faisaient craquer. Ce premier chagrin d’amour, car cela en était un, fut associé à une chanson, qui, lorsque je l’écoute, me ramène directement à mes dix ans et m’émeut, encore… Je ne savais pas  que d’autres chansons ponctueraient ma vie… Rythmeraient mon coeur…



mercredi 27 mars 2019

tagada tagada



 Voilà les Allemands...




C’est par une belle fin d’après-midi ensoleillée qu’ils débarquèrent. Non pas dans une grosse berline, mais dans un véhicule blindé. Une sorte de « Volkswagen » bien française,  blindé à craquer est le mot juste. Tant elle semblait vouloir se disloquer à chaque tour de roues. L’auto n’était pas au mieux de sa forme, des bruits bizarres émanaient du train avant. Des sons pas tubulaires, mais presque… Des clips ! Claps ! Des bangs, des vlops et zip shebaw, pow, block, wizzzzzzzzzz…
Une sorte de comique trip… Je plaisante ! 
Heureusement qu’ils maîtrisaient  mieux notre Français que nous l’Allemand, sans quoi, nous n’aurions pu communiquer. Ces jeunes voyageurs, affublés de deux chiens bergers de même nationalité, étaient à la recherche d’un abri pour deux ou trois nuitées. Le temps nécessaire pour réparer leur vieille Renault quatre « L ». Au vu des endroits proposés qu’ils nous détaillaient et qu’ils avaient déclinés, nous comprimes qu’il y avait encore quelques relents d’hostilité envers la gent teutonne. Les anciens surtout, mais aussi des plus jeunes. Ils étaient Allemands, étrangers et personne ne voulait d’eux… Avec le recul, je peux dire, que dans mon village, il n’y avait que deux « maisons » capable d’offrir l’hospitalité ; chez une dame que nous appelions « la Parisienne » et qui l’était et chez nous.
Quarante ans plus tard, les choses n’ont pas tellement changé… Ils s’installèrent dans notre hangar, vide aux mois d’août. Ils ne plantèrent même pas leur tente, un matelas confectionné avec les bottes de paille à disposition fit un excellent tapis de sol. Leur tranquillité assurée par les deux sosies de Rintintin en robe de lassie… Deux magnifiques chiens pour garder leur campement. Il faut dire que les villages d’apparence tranquille ne le sont pas forcément…
Ils furent si bien, qu’ils restèrent une douzaine de jours. Une sorte de camping à la ferme, bien avant la mode. Il n’y avait qu’une chose qui nous étonnait : comment une si petite voiture pouvait contenir deux couples avec deux chiens et toutes les affaires ? Cette question est encore sans réponse aujourd’hui…




                                                              

lundi 18 mars 2019

Maison


















Longtemps, j’ai cherché une maison à mon image. Hélas, je ne l’ai pas trouvé. C’est elle qui m’a trouvé. 
Pas trop éloigné de tout, pas trop près de rien, je ne savais pas définir ce que je voulais, tout en sachant ce que je ne voulais pas. Je comptais sur le coup de cœur et il arriva. 
D’abord par un refus catégorique, je ne voulais pas vivre en ville. Mais le coin de campagne qui sommeillait-là me plut. J’eus donc les deux…

une maison tranquille
dans un jardin
Prés des bruits de la ville
Et pourtant loin 


Abandonnée durant cinq années, personne n’en voulait ; elle était trop différente des autres. C’est probablement pour cette raison qu’elle me plut immédiatement. Je sus me projeter en elle en visualisant le potentiel qu’elle offrait à celui qui, même sans guitare à la main, n’aurait peur de rien… Un « légo » à l’échelle un !  La rénover fut  facile ; je sais à peu près tout faire…
Comme je n’avais toujours peur de rien, je l’agrandis. 
Ma maison, je la voulais un peu à mon image. Sans luxe ostentatoire, simple, basique, sobre et fonctionnel, pratique, agréable à vivre et sans vouloir me condamner à une réclusion professionnelle à perpétuité… 
L’idée d’en « prendre » pour vingt ans ne m’enchantait guère. C’est la raison pour laquelle j’allais la réaliser seul, sans forger d’acier rouge avec mes mains d’or…

Juste ma peine sans chagrin
sans témoin ni personne
que mes pas qui résonnent
je marche seul

Mais la musique m’emporte… J’allais tour à tour incarner tous les corps de métier du bâtiment et même des travaux publics. Ingénieux sans pour autant être ingénieur, une sorte de transformateur éclectique en somme… enfin, dans le puy de dôme. 
Avec au fond de moi cette phrase de mon père : «  Y’a pas de raison qu’on y arrive pas ; on n’est pas plus bête que les autres ». La réaliser fut facile… aussi ; depuis l’enfance, j’ai appris à  faire avec peu, à me débrouiller seul et je n’aime pas déranger autrui… 
J’ai aimé  mettre en œuvre toutes les petites astuces que j’ai cent fois  imaginées. J’ai aimé les voir fonctionner à merveille. Mais, par-dessus tout, ce dont je suis le plus fier, c’est d’avoir été mon propre banquier.  Aucun justificatif à fournir, aucune rallonge à demander ; la liberté… Mais là, j’ai eu de la chance ...!   J’ai mis à profit la  « fortune » que représentait l’indemnité de licenciement que je venais de percevoir...
 


 

ma maison

dimanche 10 mars 2019

Ernestine





Ce n’était pas un petit jardin qui aurait senti le métropolitain, non ! C’était un vieux  moulin en ruine. Alimenté, jadis par un réal, aujourd'hui disparu. 
De mémoire d’homme, personne ne l’avait vu fonctionner. Qu’importe ! C’était un de nos terrains de jeux préférés. 
Avec mes petites jambes d’enfant, il me paraissait être au bout du monde. Inaccessible, oublié. Nous y avions notre cabane secrète ; beaucoup moins, quand un adulte venait  nous y déloger…
Mon voisin, Bertrand, y allait pour échapper aux travaux forcés à perpète-tué (au travail)… Chez lui, la devise était : « Moi premier, les autres après », « marche ou crève ». Alors, l’espace de quelques demi-journées, nous y étions les rois du monde. Tour à tour, gendarmes et voleurs, cow-boys et indiens, Robin des bois ou Thierry la fronde. Notre panoplie de héros n’était pas exhaustive. 
Nous y faisions du feu, cuire des « marrons » à l’automne. Nous y avons fumé nos premières « clopes », dérobées ici ou là... Des cigares, tout aussi volés, des bétises que j'ai oubliés.
Nous pratiquions déjà le recyclage. En charge pour tout le monde de récupérer tous les mégots, que nous dépiautions pour fumer le « calumet de la paix ». 
Mon frère l’avait confectionné dans une branche de pin, pour ce qui est du fourneau et d'une petite branche de sureau, pour ce qui était du tuyau.
A l'occasion, un tube de stylo à bille pouvait faire office de tuyau de dépannage...
Il fallait être sacrément culotté pour fumer cette pipe en pin...
Nous lui avions donné un nom de code, elle s’appelait Ernestine...
C’était infect… Ça puait, ça fumait noir, ça brûlait les yeux et plein d’autres « joyeusetés » tout aussi désagréables...
J’avais cinq ans et je n’ai plus jamais touché au tabac.

Ce qui en soi, n'est pas une mauvaise chose...