Je suis un homme de Cro-Magnon, je tourne en rond, je
tourne en rond…♫♫♫
Je ne pouvais pas si bien dire. Il y a quelque temps
déjà, dans une discussion presque anodine autour du travail du bois, mon intérêt
et ma passion ont fait que j’ai hérité d’un tour à bois. Mon donateur, que je
connais depuis longtemps, était content de se débarrasser de cette machine devenue encombrante,
mais surtout de la confier à quelqu’un qui aimerait s’en servir. Le quelqu’un
en question, c’est moi. Je n’avais vraiment pas besoin d’une telle machine ;
je n’ai pas de place. Cependant, après une modification de mon cru, deux roues, un
essieu et un timon plus tard, voilà que mon tour est devenu mobile. J’adore
modifier les choses pour les rendre plus ergonomiques, ou simplement les adapter à mon espace de rangement.
tour à bois modifié
Je dois avouer que j’ai accepté ce don parce que dans
mes jeunes années, je m’adonnais au tournage sur bois, avec un engin de ma
fabrication. J’avais, à l’époque, la possibilité de récupérer des chutes de
bois ad-hoc, et cela me faisait mal au cœur de les voir disparaître dans un
feu, fut-il de joie. J’ai offert la plupart de mes réalisations ;
quelques-unes ont subsisté.
bol en noyer et porte crayons en frêne
petites coupelles frêne et noyer
coupe à fruits
Avec une machine moderne, il est beaucoup plus facile de
tourner en rond. Mon tout premier ouvrage a été le manche d’un outil de
tournage. Maison, l’outil ! Ont suivi des petits bols en tulipier, un
manche d’outil de jardinier, dégoté dans un vide-grenier. Un bilboquet.
outil de tournage
outil de jardinier
bols en tulipier
bilboquet
J’ai eu
beaucoup de mal à confectionner la boule qui est sphérique comme une pomme de
terre. Il n’est pas facile de travailler à la volée et à l’œil. Encore moins
facile de tourner en rond, par ces chaleurs estivales. Dès que possible, je
recommence.
Une dernière réalisation, pour illustrer ma réponse au commentaire de FleurduNil
La vie des super-héros n’est pas de tout
repos. Combattre les méchants, défier les forces du mal doit être
épuisant ; je le sais, je me suis adonné à cette activité-là (clic). Au
sortir du combat, j’avais gagné, mais j’étais vidé de toute force.
Les
super-héros se refont rapidement une santé, c’est d’ailleurs pour cela qu’ils
sont super. Qu’en est-il lorsque qu’ils tombent dans l’oubli ? Voyez
plutôt, pas le chien de Mickey, non : l’homme invisible. Déjà qu’on ne le voyait
pas quand il était en activité, alors maintenant, sa disparition est
complètement passée inaperçue.
Un incroyable robot des temps nouveaux en est
réduit à végéter sur un rond-point ; relégué à la circulation. C’était
bien la peine d’avoir traversé tout l’univers à la vitesse de la lumière... Ses
fulguropoings ne servent plus à rien, son astéro-hacheme parait fatiguée.
Ce matin, en le voyant
faire la manche devant une enseigne de restauration rapide, le formidable robot
n’avait pas la prestance d’un José Bové s’attaquant à la malbouffe. Il en
était réduit à travailler pour elle. Gagner sa pitance n’est pas plus facile,
par ces chaleurs estivales. Enfermé dans son autocuiseur, moitié homme, moitié
robot, cet intermittent de ce spectacle, assez désolant, m’a fait de la peine.
Bien que ce super-héros ne soit pas vraiment de ma génération, je suis
allésaluer l’Actarus, à l’intérieur…
pour lui donner un peu de courage, et du baume au cœur. Il m’a confié qu’il
redoutait plus que tout de terminer sa carrière comme homme sandwich, avec le
risque de se faire manger tout cru…
Le petit chemin sentait la noisette, et Mireille n’était pas là... Nous étions en altitude ; un petit air frais malgré un soleil radieux nous le confirmait. Nous étions peu nombreux, une poignée de téméraires ou d’inconscients.
Aucun autre moyen d’ascension, sans pont, n'était à notre disposition.
De simples chaussures de randonnée pour gravir le chemin des muletiers.
Il y avait là, des randonneurs, des curieux, quelques touristes, des parapentistes avec leurs matériels, et même un estropié en béquille. Je doute fort qu’il ne soit parvenu au sommet.
Une petite heure de marche nous attendait, et nous devions cadencer nos pas sur ceux des petites jambes… Quarante-cinq gouttes de transpiration plus tard, le sommet se présentait à nous comme une récompense.
La montagne, ça se mérite. A trois cent soixante degrés, la vision était époustouflante, à perte de vue. Au Nord, pas de corons… mais un massif qui s’étiolait, laissant deviner une large plaine. A l’Est, rien de nouveau, sinon la plaine fertile de la Limagne qui s’étire jusqu’aux contreforts du Forez ; une très ancienne mer intérieure, où l’eau n’est jamais loin.
Vers le Sud et l’Ouest, une barrière de montagnes porteuse de noms bizarres ou inconnus. De puy de la Vache en puy de la Besace, du puy Chopine en banne d’Ordanche, ce n’est pas moins de quatre-vingts volcans endormis qui s’étirent en direction du plus vaste stratovolcan d’Europe, j’ai nommé : le Cantal. J’y suis né et j’y entretiens un attachement particulier.
Le sommet baignait dans le silence de la mer de nuage accrochée au ciel. Des parapentistes déployaient leurs ailes, tandis que les amoureux des sommets déployaient leurs mirettes. Un bar restaurant, accolé à une petite boutique de souvenirs ouverts six mois par an étaient les seules « marques de civilisation ». Bien sûr, pour celles et ceux qui connaissent, le temple de mercure était là bien avant.(clic)
Le géant des dômes vu d'en haut.
Je suis heureux d’avoir pu profiter de ce lieu et de sa quiétude, avant qu’il ne subissent un bouleversement. Je sais ce que vous vous dites : le volcan s’est réveillé ! Presque.
Des travaux colossaux ont défiguré ses flancs pour y installer un train à crémaillère, tandis qu’un immense parking s’étend à son pied. Le panoramique des dômes recrache par sa bouche, des touristes par centaines, directement dans un piège dédié. Boutiques en tout genres, vaste farce et attrape-nigauds. Des « chinoiseries » y prolifèrent comme des bactéries nocives, estampillées volcans d’Auvergne. Le lieu a perdu de son mysticisme et cela m’attriste. La montagne ne méritait pas ça.
Aujourd’hui, ce lieu est remis à l’honneur en accueillant une étape d’une célèbre course cycliste, mais il est simplement interdit à tout public. Raison de sécurité, le volcan pourrait se réveiller...
L’habit ne fait pas le moine, dit-on ! Néanmoins, il y contribue beaucoup. J’en ai fait l'expérience lorsque j’accompagnais mon fils pour participer à cette journée dite de “citoyenneté”. Alors que je m’approchais du poste de police de la caserne, de jeunes militaires en tenue de sport, me libérèrent le passage, me saluant presque. Il faut dire que j’étais vêtu d’une veste toute droite sortie de chez eux, et d’un blue-jean sorti d’un tout autre endroit. J’arborais aussi une coupe de cheveux idoine et d’une couleur ne laissant aucun doute sur mon âge, et optionnellement sur mon grade. Dans la confusion, ils me confondirent avec un des leurs. Je déclinai poliment l’invitation.
Une large salopette ne laissait rien deviner de ses formes. Une silhouette et un visage androgyne rajoutaient à la confusion qui avait envahie mes collègues.
Un prénom mal compris, mal interprété, et un doute planait… Un doute, ça plane. Un doute sur le genre, encore plus. Était-ce un garçon, était-ce une fille ?
Pour moi, et deux ou trois autres, cela n’avait aucune importance. J’ai déjeuné avec en tête à tête pendant plus d’un an. Muriel faisait difficilement sa place dans ce milieu d’hommes, souvent mal dégrossis.
Vous l’avez compris, les apparences peuvent être trompeuses. Combien de temps faut-il pour se rendre compte que son apparence ne correspond pas à qui l’on est à l'intérieur, à son état-civil ? Combien de questions sans réponses ? Combien de réponses ? Comme dans la chanson, elle est peut-être soufflée par le vent ♫♫♫ Une brise légère porteuse d’une vérité sur le tréfonds de soi, de soie.
On ne naît pas femme, on le devient, disait Simone. Qu’en est-il pour un homme ? C’est presque aussi simple ; on le devient.
C’est ce qu’a entrepris une personne de ma connaissance. Un long parcours pour se libérer, pour s'harmoniser.
Ses parents en sont très fiers, et sa mère, que je connais depuis toujours, aime à dire, non sans une touche d’humour : ”j’ai deux enfants, deux garçons et une fille”. Cette personne talentueuse, de surcroît, a créé son entreprise, et je dois dire que ça marche plutôt pas mal pour eux. Voyez plutôt leur petite création, qui a été primé au festival 48 hour film project Lyon 2022. (clic)
On ne se pose pas de question. On vit à côté. Cela fait si longtemps qu’on se côtoie que l’on n’y pense pas ; ces gens ordinaires que l’on appelle les voisins. Avant eux, je n’avais jamais eu de vrais voisins ; de ces gens sympathiques, prêts à rendre service, à dépanner, à aider. Sans être envahissants. Quand les circonstances le permettaient, nous savions échanger presque des heures, bien campés de part et d’autre de la clôture. A claire voix… Point de haie qui isole, qui étrique, qui cloisonne chacun chez soi. Je hais les haies qui sont des murs, je hais les murs qui sont en nous, disait le poète... Tellement vrai.
Avant de nous installer dans cette maison, le premier contact avait été noué un soir. Une petite discussion vite fait sur le pouce, des banalités.
- Bonsoir, je suis le nouveau propriétaire.
Mes premières impressions sont souvent les bonnes, nous allions avoir de bons voisins. Aimables, sympathiques, simples, venant de la terre comme moi ; des gentils. C’est assez bizarre, ce truc instinctif dont notre cerveau est pourvu pour identifier le danger, le bien, la tranquillité, la quiétude, la bonne entente. Un peu plus d’un quart de siècle qu’il en est ainsi.
Ils ont vu grandir mes enfants, les considérant un peu comme leurs petits enfants. Chaque dimanche, depuis plus de quinze ans, à tour de rôle, ils avaient pour mission de leur livrer la douzaine d'œufs hebdomadaire. Un petit gâteau les récompensait en retour. Je donnais aussi ce que j’avais de trop, salades, légumes du jardin, un coup de main pour déneiger, des macarons de Massiac. Les seuls que j'apprécie.
Des petits rien qui donnent à la vie de tous les jours une petite douceur supplémentaire. Ils n’ont jamais oublié les anniversaires ou les Noëls des enfants ; un petit billet, devenu ados. Des voisins aussi proches que ma famille.
La vie n’est pas juste, encore moins la mort. Sans prendre de gant, un crabe sans pince d’or a emporté Annie en quarante jours, tandis qu'un autre pince sans rire a mis vingt-cinq ans pour emporter celui que mes enfants appelaient “ton jojo” , un fan de Brassens. Ce soir, je pense à mes voisins, je pense à ma sœur. En écrivant ces lignes, mon cœur saigne.