présentation

dimanche 2 juillet 2023

Je ne suis qu'un homme

 

 

L’habit ne fait pas le moine, dit-on ! Néanmoins, il y contribue beaucoup. J’en ai fait l'expérience lorsque j’accompagnais mon fils pour participer à cette journée dite de “citoyenneté”. Alors que je m’approchais du poste de police de la caserne, de jeunes militaires en tenue de sport, me libérèrent le passage, me saluant presque. Il faut dire que j’étais vêtu d’une veste toute droite sortie de chez eux, et d’un blue-jean sorti d’un tout autre endroit. J’arborais aussi une coupe de cheveux idoine et d’une couleur ne laissant aucun doute sur mon âge, et optionnellement sur mon grade. Dans la confusion, ils me confondirent avec un des leurs. Je déclinai poliment l’invitation.


Une large salopette ne laissait rien deviner de ses formes. Une silhouette et un visage androgyne rajoutaient à la confusion qui avait envahie mes collègues. 

Un prénom mal compris, mal interprété, et un doute planait… Un doute, ça plane. Un doute sur le genre, encore plus. Était-ce un garçon, était-ce une fille ? 

Pour moi, et deux ou trois autres, cela n’avait aucune importance. J’ai déjeuné avec en tête à tête pendant plus d’un an. Muriel faisait difficilement sa place dans ce milieu d’hommes, souvent mal dégrossis.


Vous l’avez compris, les apparences peuvent être trompeuses. Combien de temps faut-il pour se rendre compte que son apparence ne correspond pas à qui l’on est à l'intérieur, à son état-civil ? Combien de questions sans réponses ? Combien de réponses ? Comme dans la chanson, elle est peut-être soufflée par le vent ♫♫♫ Une brise légère porteuse d’une vérité sur le tréfonds de soi, de soie.

On ne naît pas femme, on le devient, disait Simone. Qu’en est-il pour un homme ? C’est presque aussi simple ; on le devient.

C’est ce qu’a entrepris une personne de ma connaissance. Un long parcours pour se libérer, pour s'harmoniser.

Ses parents en sont très fiers, et sa mère, que je connais depuis toujours, aime à dire, non sans une touche d’humour : ”j’ai deux enfants, deux garçons et une fille”. Cette personne talentueuse, de surcroît, a créé son entreprise, et je dois dire que ça marche plutôt pas mal pour eux. Voyez plutôt leur petite création, qui a été primé au festival 48 hour film project Lyon 2022. (clic)

 

 

mardi 30 mai 2023

Peu de chose

 

 

 

On ne se pose pas de question. On vit à côté. Cela fait si longtemps qu’on se côtoie que l’on n’y pense pas ; ces gens ordinaires que l’on appelle les voisins. Avant eux, je n’avais jamais eu de vrais voisins ; de ces gens sympathiques, prêts à rendre service, à dépanner, à aider. Sans être envahissants. Quand les circonstances le permettaient, nous savions échanger presque des heures, bien campés de part et d’autre de la clôture. A claire voix… Point de haie qui isole, qui étrique, qui cloisonne chacun chez soi. Je hais les haies qui sont des murs, je hais les murs qui sont en nous, disait le poète... Tellement vrai. 

Avant de nous installer dans cette maison, le premier contact avait été noué un soir. Une petite discussion vite fait sur le pouce, des banalités.

- Bonsoir, je suis le nouveau propriétaire.

Mes premières impressions sont souvent les bonnes, nous allions avoir de bons voisins. Aimables, sympathiques, simples, venant de la terre comme moi ; des gentils. C’est assez bizarre, ce truc instinctif dont notre cerveau est pourvu pour identifier le danger, le bien, la tranquillité, la quiétude, la bonne entente. Un peu plus d’un quart de siècle qu’il en est ainsi. 

Ils ont vu grandir mes enfants, les considérant un peu comme leurs petits enfants.  Chaque dimanche, depuis plus de quinze ans, à tour de rôle, ils avaient pour mission de leur livrer la douzaine d'œufs hebdomadaire. Un petit gâteau les récompensait en retour. Je donnais aussi ce que j’avais de trop, salades,  légumes du jardin, un coup de main pour déneiger, des macarons de Massiac. Les seuls que j'apprécie. 

Des petits rien qui donnent à la vie de tous les jours une petite douceur supplémentaire. Ils n’ont jamais oublié les anniversaires ou les Noëls des enfants ; un petit billet, devenu ados. Des voisins aussi proches que ma famille.

La vie n’est pas juste, encore moins la mort. Sans prendre de gant, un crabe sans pince d’or a emporté Annie en quarante jours, tandis qu'un autre pince sans rire a mis vingt-cinq ans pour emporter celui que mes enfants appelaient “ton jojo” , un fan de Brassens. Ce soir, je pense à mes voisins, je pense à ma sœur. En écrivant ces lignes, mon cœur saigne.

 

 

 


samedi 15 avril 2023

Les fleurs du mal

   


La ferme avait définitivement cessé de respirer. La dernière vache avait quitté l’étable pour celle du voisin ; elle allait  pouvoir enfin se rendre compte elle-même si l’herbe était vraiment plus verte ailleurs…  Le matériel agricole avait trouvé preneur, et les terres en vente avaient été préemptées par un organisme qui allait se charger de les redistribuer inéquitablement… la SAFER, pour la nommer explicitement. Un tel niveau d’incompétence mérite d’être souligné… Alors que nous avions trouvé des acheteurs pour chaque parcelle, cet organisme n’en trouva pas ; allant à en proposer à ceux là même à qui elle avait ôté la terre de la bouche. C’était consternant. Certaines devinrent des friches, d’autres ont été accaparé. Mais laissons cela de côté.

Notre grange, libérée, délivrée du matériel, était  située en plein centre du village, et, à ce titre, attisait la convoitise d’un voisin mitoyen. Par bouches et oreilles interposées, nous avions eu vent  de ses velléités d’utilisation, voire d’achat, pour une bouchée de mauvais pain. Se croyant tout permis, et profitant de l’âge avancé de mes parents, il squatta  les lieux aussi simplement que cela. Nous avions déjà eu affaire à cet individu,  (clic), aussi, nous n’allions pas nous laisser déposséder de notre bien aussi facilement.

À la faveur de travaux publics dans le village, et en échange de deux bouteilles d’un divin breuvage, mon père fit creuser un fossé en limite de propriété. Certes symbolique, mais pour l’heure, suffisant pour arrêter notre squatter. 

 

“ T’as vu ce qu’ils m’ont fait ?”, confia t-il à notre ami d’enfance.

  

Dans un petit village, tout fini par se savoir...

Il n’allait pas être déçu de la suite que nous lui réservions… Quand on a affaire à des gens tordus, il faut être plus tordu qu’eux. Cette tranchée fut comblée de terre arable, et tout un chacun pu y voir s’épanouir, au printemps suivant, un superbe alignement de fleurs et arbustes du plus bel effet.

Nous avions enjolivé une partie du village, et notre squatter ne pouvait plus raisonnablement y entreposer son matériel sans tout ravager et se le faire reprocher. Ce fut bien-là la démonstration du pouvoir des fleurs…

L’année suivante, la mairie nous emboîta le pas, et d’autres endroits propices furent fleuris à leur tour. Mais ça, c’est une autre histoire…

 

 

 

dimanche 26 février 2023

Faux et usage de faux

Devoir de Lakevio du Goût_11100.jpg

 

Marie ressemblait à cette femme aux yeux tristes des basses-terres. Elle
en avait l’air, mais pas encore la chanson...
Sa mère lui avait dit et répété qu’une fille, même aux yeux tristes, ça ne
fait pas un travail d’homme. Marie s’en moquait, comme de sa première
chemise. Elle se voyait libre, et ne supportait pas que seuls les hommes
aient le beau rôle. Ainsi, avec la complicité de son grand-père, Marie
avait appris à manier la faux, mais pour un usage vrai.
Avant de s’atteler à la tâche, elle avait pris soin de s’équiper de
l’indispensable coffin et de la fameuse pierre des Pyrénées. Ceinturé à sa
taille, elle disposait de quoi rafraîchir le tranchant de l’outil.
Pour avoir souvent pansé les plaies occasionnées par un mauvais
maniement de cette dernière, Marie savait que ce simple geste d'affûtage
pouvait être très dangereux. Le coup de pierre ne servirait pas à
grand-chose, si la “daille”, comme on dit chez moi, n’a pas été “piqué”. clic

 
Je revois mon père, installé à même le sol, s’appliquer à la tâche ; une
sorte de petite enclume, enfoncée en terre, sur laquelle on vient battre le
fer, tant qu’il est froid... Par un martèlement sec et précis, on vient étirer
le métal, pour le rendre aussi fin qu’une lame de rasoir. Ainsi laminé, la
durée de vie de la faux est prolongée au maximum, et son tranchant redoutable.
Faux, et usage de faux, est parfaitement écologique. Durable, silencieux, économique, bon pour le corps et l’esprit.


En écrivant ces lignes, je revois mon père en pleine action. Bien sûr, nous
avions une machine moderne, pour faucher les dix-huit hectares de
prairie, mais il aimait à entamer les parcelles par son ancestral geste du
faucheur, afin de ne pas gaspiller les deux ou trois mètres carrés que la
faucheuse mécanique aurait irrémédiablement “drouillé”*.


Le geste sûr, le mouvement élégant, régulier et cadencé à ses pas et sa
respiration. Qui veut faucher loin, ménage sa monture, disait-il.
J’ai en mémoire le son caractéristique produit par le glissement de la lame
dans l’herbe fraîche, avec les senteurs enivrantes de la future récolte.
Toute une enfance réveillée par cette simple image...


Marie était de la même trempe que l’acier de sa faux. Persévérante,
endurante, honnête et droite. Elle abattit, à elle seule, la grande parcelle
des basses-terres. Un hectare et demi, à la force de son courage. Elle
n’avait rien à envier aux hommes, Son grand-père était fier d’elle, il ne l'appellerait plus la petite fille aux yeux tristes des basses terres...


*Drouiller : aplatir l'herbe prête à être fauchée d'une prairie, d'un champ de blé.

dimanche 12 février 2023

Sport divers

 

Le massif du Sancy semblait flotter sur une mer de brume, presque irréel. Figure de proue d’un vaisseau fantôme. Plus nous en approchions, plus il semblait distant, inaccessible. Paradoxalement, son irréalité devenait palpable, magie de la montagne. La lumière de l’astre solaire irisait la surface enneigée dans un dégradé de rose aux reflets bleutés, magie de l’aurore. Je saurais rester des heures à m’évader dans cet infini. 

De ma terrasse, je peux jouir de ce spectacle, mais à travers le prisme de mes jumelles, c’est beaucoup moins envoûtant. La montagne ne s’offre qu’à celles et ceux qui la méritent, qui en sont issues. Je me demande si l’excitation de découvrir ses flancs, de caresser ses courbes, ses pleins et ses déliés n’est pas plus forte que de s’y fondre, magie de l’imagination…

 Je ne suis pas assez bon skieur pour me mesurer à son côté sombre, à ses pistes noires. Mon inconscience juvénile a quelque peu fondu, et je n’ai plus ma forme olympique. J’ai pourtant appris à skier hors des pistes balisées, avec un excellent guide ; magie de la poudreuse. 

Je me suis toujours refusé à apprendre de façon conventionnelle, en exécutant ce maudit « chasse-neige », trop éprouvant pour les muscles, pas plus que ce fameux « planté de bâton » cher à Jean-Claude Dusse... (clic) Moi, je me voyais dévaler les pentes à la manière de Jean-Claude Killy, ou de Perrine Pelen, dont j’adorais le nom, et exécuter des freinages majestueux dans un panache de neige. Ça, c’a avait de l’allure, ça me plaisait, et j’y suis arrivé. Je ne savais pas encore que bien des années plus tard, j’initierai moi-même mes enfants à ce loisir. Le ski, c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas.

 Je pratique peu. Ici, dans le massif central, les montagnes à vaches ne se parent pas toujours de neige. A l’heure du réchauffement climatique, vouloir préserver à grand coup de canon  l’activité ludique mais non moins lucrative des sports d’hiver, me semble une aberration tout aussi sidérante que de climatiser un stade de foot en plein été. Comme si par magie, il tombait de la neige au Sahara…

 

 

samedi 14 janvier 2023

parcours accidenté !

 

Vous vous souvenez sûrement de cette chanson de Michel Fugain : je n’aurai pas le temps ♫♪♫♪. J’ai bien failli ne plus en avoir…                                                        Cette pensée n’a même pas eu le temps de me traverser l’esprit. Le contact avec la réalité fut bref et intense. Violent. Imaginez un peu, une énergie colossale, libérée en une fraction de seconde, ça vous parle ? Une fission nucléaire, en quelque sorte.

Selon ce qu’il me reste de mes cours de physique, une puissance considérable qui s’exerce sur un corps en mouvement, et qui se libère en pulvérisant ce qu’il rencontre. Soumis à une telle puissance, le corps humain en est réduit à l’état de chiffe molle. C’est d’ailleurs cet état qui le protège… Le corps ne réagit plus aux forces en action, auquel cas, il se briserait en mille et un morceaux, et ne resterait plus qu’à numéroter ses abattis. 

Ma vie s’est jouée, non pas sur un coup de dés, ni sur un coup de poker, mais sur une poussière de seconde, la minuscule vibration d’un atome de césium, aussi insaisissable qu’immatérielle. L’atomisation du poteau fut spectaculaire, dans un bruit sec, froid, et sourd, suivi d’un étrange grésillement ; des électrons qui s'enfuyaient, me suis-je pensé ! 

Comme dans cette autre chanson, j’ai bien failli mourir les yeux ouvert ♫♪♫♪. Une demi-seconde d' un micro-sommeil, il était trop tard. Je me souviens juste avoir pensé que ça allait cogner dur. La vie pouvait s’arrêter aussi simplement que cela...

Tous les organes de sécurité de ma vieille torpédo, dont je parle ici (clic) ont parfaitement fonctionné. La carrosserie a absorbé les 135730 joules de l’énergie cinétique générée, cette même énergie n’a pas réussi à me transformer en un projectile de près de deux tonnes… Solidement sanglé sur mon siège, je n’ai pas bougé d’un pouce. C’est beau, la technologie !

Je vous rassure, il n'y a pas eu un seul blessé, pas même moi. À croire que ce n’était pas mon heure. J’ai revécu la scène pendant trois jours et un brin en conservant au fond de mes capteurs olfactifs, cette odeur d’explosions du coussin gonflable. Le temps de retrouver mes esprits, je n’ai pas vu passer l’anniversaire de ce blog. Je n’avais rien écrit.

Ainsi va la vie, avec ses hauts et ses bas. Comme le chantait Souchon, la vie ne vaut rien, mais rien ne vaut la vie.